Dans la famille des pro­jets qui fleurent bon la France d’an­tan, voici la trans­po­si­tion sur grand écran de la série Belle et Sébastien. Assez logique­ment, c’est à Nico­las Vanier que la Gau­mont a con­fié les rênes de cette adap­ta­tion : même s’il s’ag­it du pre­mier tour­nage dans l’Hexa­gone pour ce touche­-à­-tout (explo­rateur, con­férenci­er, écrivain et réal­isa­teur), ses films précé­dents — cul­ti­vant des ambi­tions de doc­u­men­taire-­spec­ta­cle avant de les diluer dans une can­deur kitsch de télé­film — fai­saient de lui un can­di­dat tout désigné pour essay­er de dépous­siér­er l’œu­vre cham­pêtre de Cécile Aubry. Sauf que Vanier préfère ne pas s’aven­tur­er dans une mod­erni­sa­tion de ces his­to­ri­ettes et réus­sit même à livr­er une copie encore plus ringarde que l’o­rig­i­nale.

Dramaturgie sous serre

Tout ani­mé qu’il clame l’être par la ques­tion écologique, le Nico­las Vanier en cos­tume de cinéaste a sou­vent ten­dance à se débin­er en s’in­téres­sant davan­tage au paysage qu’à l’écosystème — à l’image­ poster qu’aux enjeux envi­ron­nemen­taux. Dans une cer­taine mesure, Belle et Sébastien lui offrait une occa­sion idéale pour invers­er cette ten­dance en s’in­ter­ro­geant sur l’évo­lu­tion des ter­ri­toires mon­tag­neux français et voir com­ment l’e­sprit d’aven­ture qui ani­mait la série pou­vait encore s’y épanouir aujour­d’hui. Mais, au lieu de con­fron­ter l’ar­gu­ment orig­i­nal (les équipées alpestres d’un orphe­lin et d’une chi­enne) à l’ère de la fonte des glac­i­ers et des vil­lages béton­nés en sta­tions de ski, le réal­isa­teur a choisi de ne pas “mon­tr­er la mon­tagne telle qu’elle est dev­enue” et fait même marche arrière en situ­ant son intrigue pen­dant la Sec­onde Guerre mon­di­ale — là où la série se déroulait vraisem­blable­ment à l’époque de sa dif­fu­sion dans les années 1960. Vanier appelle cela “un par­ti­-pris esthé­tique” ; on pour­ra con­sid­ér­er qu’il ne s’ag­it de rien d’autre que d’une démis­sion. Surtout, en dis­solvant la ques­tion écologique dans un passéisme peu inspiré, l’an­cien explo­rateur — bien qu’il soit attiré par les grands espaces ouverts — donne l’im­pres­sion de cul­tiv­er une dra­maturgie sous serre : tout ce qui s’y joue (plutôt mal d’ailleurs, men­tion spé­ciale à la direc­tion d’ac­teurs indi­gente) est con­damné à rester isolé, sans con­séquence sur quoi que ce soit.

Authentique en toc

Pris dans les rets d’un folk­lore bon marché, Belle et Sébastien s’avère plus proche d’une pub­lic­ité hors de prix pour les Alpes français­es que d’un film d’aven­ture. Com­plète­ment à côté de la plaque dans les scènes sup­posées met­tre en avant les exploits du tan­dem éponyme (notam­ment lors de la pour­suite finale à tra­vers les glac­i­ers, lorsque la chi­enne, bien qu’ab­sol­u­ment pas­sive, voire encom­brante, est désignée comme l’héroïne), la réal­i­sa­tion passe le reste du temps à accu­muler les pon­cifs sur l’Oc­cu­pa­tion et la vie d’un petit vil­lage alpin à cette époque. C’est que, en plein délire bovaryste, Nico­las Vanier ne fait pas du ciné­ma, il se fait son ciné­ma : de l’apolo­gie du mode de vie des mon­tag­nards — bour­rus mais si char­mants dans le fond — à l’of­fici­er alle­mand qui en pince pour la jeune boulangère, tout sonne aus­si creux que faux. À cet égard, la scène mon­trant le reflet de Belle et Sébastien dans l’eau d’un lac se révèle être par­faite­ment emblé­ma­tique : on ne trou­vera rien d’autre dans les paysages du film qu’une belle mon­tagne de clichés et de motifs déjà vus mille fois.