Sur le papi­er, les idées qui prési­dent à la créa­tion de cer­tains films lais­sent rêveur. Ain­si, sou­venons-nous que Pirates des Caraïbes prend son idée orig­i­nale dans une attrac­tion de fête foraine, et que le film, de ce point de vue, ne manque pas d’in­térêt. Pour­tant, c’est le sour­cil gauche soulevé, à la lim­ite de la crampe, qu’on peut con­sid­ér­er les prémices de Bat­tle­ship : adapter au ciné­ma la bataille navale, le jeu avec petits pio­ns plan­tés dans les bâtons en plas­tique et les « il a coulé mon porte-avions ! ». Mau­dite sois-tu, idée pré­conçue, mau­dit égale­ment, sour­cil scep­tique ! Car Bat­tle­ship, dans les lim­ites imposées par son statut de block­buster, n’est pas sans saveur…

Évidem­ment, il est bien loin le temps où, au-delà du mur berli­nois, s’é­tendaient les Con­trées de la Ter­reur et leur rouge sol­datesque : Bat­tle­ship est un film de son temps, qui ne prend pas le risque de la con­fronta­tion bipo­laire. Ce n’est plus vrai­ment d’ac­tu­al­ité, et surtout ce n’est plus poli­tique­ment cor­rect. Donc, les scé­nar­istes ont sor­ti de leur cha­peau leur petite astuce : les méchants extra-ter­restres.

Il faut bien dire qu’en ter­mes d’as­tuce, c’est à peu près tout ce qu’on a à se met­tre sous la dent : tout le reste, depuis l’idée de base jusqu’à la façon dont la bataille navale elle-même est incluse dans le film, du héros benêt jusqu’aux tours de passe-passe scé­nar­is­tiques navrants[1], tout respire une grande stu­pid­ité sat­is­faite. Car, la grande force de Bat­tle­ship est d’être un film geek pleine­ment assumé. Et donc, de ne pas per­dre son temps à vouloir se par­er d’une quel­conque légitim­ité autre que basique.

En fait, on est là pour voir une bas­ton, navale. Bat­tle­ship est donc un film de métal, où l’aci­er clin­quant à l’im­age répond à une musique au dia­pa­son : les clas­siques d’AC/DC. Tay­lor Kitsch, le bien nom­mé, campe un per­son­nage par­faite­ment crétin, qui est entouré de sec­onds rôles totale­ment com­pé­tents, un peu à la manière d’un jeu vidéo mod­erne, où le côté lisse du per­son­nage prin­ci­pal aiderait à l’i­den­ti­fi­ca­tion. Quant à la mise en image – n’al­lons pas jusqu’à par­ler de mise en scène, voulez vous ? –, elle rejoint la mise en son : bru­tale, assom­mante, elle ne vise qu’à ren­forcer le côté écras­ant, mas­sif du film, tan­dis que le scé­nario a quelques dif­fi­cultés à faire le lien entre les morceaux de bravoure, pro­duisant un film au rythme dis­parate.

Et pour­tant… Il faut croire que Bat­tle­ship a ciblé tout à fait cor­recte­ment son pub­lic en reliant, dans ses ban­des-annonces, le film à la saga des Trans­form­ers. Le pub­lic cible est le même mais, mirac­uleuse­ment, l’ab­sence de Michael Bay sem­ble éviter à Bat­tle­ship la lour­deur de la saga des jou­ets robots géants. Débar­rassé des tics démesurés de Michael Bay, le film a pour seules car­ac­téris­tiques des inten­tions idiotes mais sym­pa­thiques, assor­ties d’un humour ado­les­cent créti­noïde[2] : pas de quoi boule­vers­er l’his­toire du ciné­ma, mais assuré­ment de quoi amuser.

Notes

Notes
↑1 On retien­dra par exem­ple les vais­seaux extra-ter­restres, qui tra­versent le vide spa­tial pour arriv­er jusqu’à nous et qui, une fois arrivés, ne peu­vent plus vol­er, sans rai­son appar­ente, et sont donc un pré­texte par­fait à une bataille navale.
↑2 Ou par­fois plus sub­til qu’il n’y paraît : voir ain­si les bombes lancées par les envahisseurs, mod­élisées à la ressem­blance exacte des pio­ns util­isés dans le jeu de société…