Renaud Cohen est cinéaste mais son dernier film remonte à 2000. Simon est réal­isa­teur mais il peine à écrire un nou­veau scé­nario. Simon est le per­son­nage créé par Renaud dans Au cas où je n’aurais pas la Palme d’Or pour racon­ter sa panne d’inspiration. Exer­ci­ce auto­bi­ographique haute­ment risqué, le film tente de slalom­er entre réc­it per­son­nel, digres­sions humoris­tiques et révéla­tions divines mais, effec­tive­ment, la route vers la Palme d’Or est encore loin.

Plus de dix ans sépar­ent Quand on sera grand de Au cas où je n’aurais pas la Palme d’Or, et c’est juste­ment cet entre-deux, qu’explore le nou­veau film de Renaud Cohen. À mi-chemin entre biogra­phie et fic­tion, Au cas où… narre la dif­fi­culté qu’éprouve Simon (inter­prété par Renaud Cohen) face à l’impossible écri­t­ure de son deux­ième long métrage. Mais la décou­verte d’une étrange bosse sur sa tête va tout bous­culer. Alors que l’origine du mal demeure dif­fi­cile­ment iden­ti­fi­able (mal­adie, excrois­sance de nais­sance, mes­sage divin…), le dan­ger et l’urgence incar­nés par cette pro­tubérance oblige le héros à accouch­er d’un nou­veau pro­jet, coûte que coûte. Pour ne pas mourir sans avoir offert au monde son ultime film, peut-être un chef d’œuvre. Juste au cas où…

La malé­dic­tion de la page blanche qui s’abat, paraît-il, sur tout artiste face à sa deux­ième œuvre (disque, film, livre…) sert de pré­texte au sec­ond film de Renaud Cohen. Pourquoi chercher une fic­tion là où le réel pro­duit une matière nar­ra­tive per­ma­nente ? S’entourant de sa femme (qui inter­prète l’épouse de son per­son­nage) et de ses enfants, Cohen s’essaie à l’autofiction ciné­matographique. Mais le titre s’avère rapi­de­ment prophé­tique, à la vue de ce métrage iné­gal, qui enquille les séquences comme autant de petites vignettes vécues. Sans doute amu­santes pour un ini­tié de la caste du monde du sep­tième art, elles lais­sent cir­con­spects tous les autres, spec­ta­teurs lamb­da qui n’ont pas la “chance” de nav­iguer dans le micro­cosme parisian­iste du ciné­ma.

L’apparition d’une bosse sur le crâne de Simon sert de déto­na­teur à l’action. Le temps est peut-être comp­té pour cet hypocon­dri­aque paten­té et la réal­i­sa­tion d’un nou­veau film prend alors des allures de quête mys­tique et de tes­ta­ment artis­tique. Alter­nant les ren­dez-vous chez son pro­duc­teur, frileux et fauché, les séances aux réu­nions des réal­isa­teurs anonymes en mal d’inspiration et les repas famil­i­aux ten­dus, le film essaie de jouer sur une large par­ti­tion, du vraisem­blable au spir­ituel (la judéité en fil rouge), du comique au mélo­dra­ma­tique sans jamais véri­ta­ble­ment tran­scen­der son sujet. On reste au ras des pâquerettes scé­nar­is­tiques. Quant à la mise en scène, elle pour­rait rivalis­er avec un télé­film sans ambi­tion. L’apparition suc­ces­sive de “stars” du ciné­ma n’y change pas grand-chose. Julie Gayet ou Mau­rice Béni­chou s’enlisent ain­si dans des rôles car­i­cat­u­raux (l’actrice nympho et alcoo­lo et le dou­ble emploi Dieu/Rabbin), peu mémorables.

Phénomène lit­téraire, l’autofiction s’attaque aus­si au ciné­ma. Mais on oublie trop sou­vent que racon­ter sa vie, si loufoque soit-elle, néces­site du tal­ent. Film égo­tique, parisien et trop auto-référencé, Au cas où je n’aurais pas la Palme d’Or fait timide­ment sourire, émeut à micro-dos­es et ennuie con­sid­érable­ment. Un cock­tail inodore et inof­fen­sif qui incar­ne à mer­veille le repli sur soi d’un cer­tain ciné­ma français, qui à force de se regarder le nom­bril oublie le monde.