Anna, une Colom­bi­enne instal­lée à Paris, divor­cée d’un Français et mère d’un petit garçon, se retrou­ve privée de son droit de vis­ite en rai­son de sa lourde insta­bil­ité psy­chologique. Après avoir été poussée dans ses retranche­ments par son ex-com­pagnon aus­si énervé que peu déli­cat, la jeune femme décide d’en­lever l’en­fant et de ren­tr­er dans son pays natal avec la com­plic­ité d’un amant de pas­sage peu clair­voy­ant. Après avoir débar­qué dans sa famille, Anna com­prend rapi­de­ment que per­son­ne n’est de son côté et que ses par­ents jugent son com­porte­ment peu raisonnable. Craig­nant pour la garde de son fils qui se pose de plus en plus de ques­tions, elle décide alors de quit­ter les lieux pour entamer un road-movie chao­tique à tra­vers le pays. Les routes dif­fi­ciles de Colom­bie et de mau­vais­es ren­con­tres met­tront, comme on peut mal­heureuse­ment s’en douter trop rapi­de­ment, le plan à rude épreuve : l’ab­sence de chemins de tra­vers­es, les brèves par­en­thès­es arti­fi­cielle­ment gref­fées à la cav­al­cade, le regard peu inspiré du cinéaste sur les désor­dres psy­chologiques de son per­son­nage enter­rent tous les espoirs que l’on pou­vait fonder sur ce film aux pré­ten­tions pour­tant mod­estes. Mais la rel­a­tive sobriété de la mise en scène, qui aurait pu se met­tre au ser­vice d’un scé­nario bien ficelé et de per­son­nages fine­ment écrits, finit par révéler la rel­a­tive vacuité d’en­jeux tracés à gros traits et de sit­u­a­tions telle­ment cousues de fil blanc qu’elles ren­dent l’at­tache­ment aux per­son­nages impos­si­ble. Pire, comme la dynamique du film repose essen­tielle­ment sur une suc­ces­sion de mau­vais choix qui ne font que soulign­er l’échec de la mère à assumer ses respon­s­abil­ités, on se retrou­ve dans la désagréable posi­tion de juge, inca­pable d’embrasser ses excès et sa démesure.

Ingrédients frelatés

À mesure que se déroulent les scènes, on a le sen­ti­ment que le réal­isa­teur s’est con­tenté d’a­gré­menter son film d’in­gré­di­ents cen­sés pro­duire leur petit effet : un per­son­nage moteur com­plète­ment bor­der­line qui ne fait que rarement preuve de dis­cerne­ment, un pays (la Colom­bie) le plus sou­vent réduit à la peur et aux dan­gers qu’il inspire (à l’ex­cep­tion d’une fois où le réc­it déjoue nos craintes), des per­son­nages sec­ondaires qui ten­tent en vain de raison­ner la jeune mère dés­espérée, etc. Seule­ment, à force de polaris­er à ce point les enjeux autour du per­son­nage d’An­na (sans que la ques­tion de la mal­adie soit traitée autrement que par des crises d’hys­térie et des com­porte­ments irre­spon­s­ables), la mise en scène en oublie de con­stru­ire un hors-champ spa­tial (les paysages acci­den­tés de la Colom­bie offraient pour­tant une belle matière) ou tem­porel (la rela­tion qu’en­tre­tient Anna avec son entourage est réduite à une sorte d’im­mé­di­ateté qui n’in­scrit jamais vrai­ment sa mal­adie dans un con­texte famil­ial ou affec­tif plus com­plexe). On pour­rait alors se rac­crocher au regard de l’en­fant, posant sur sa mère un regard lucide sur les dan­gers aux­quels elle l’ex­pose. Mais même à ce niveau, le film fait preuve d’une timid­ité désolante en cumu­lant les scènes où ce dernier ne sup­porte plus — et on le com­prend bien ! — les accès d’humeur de celle qui l’a mis au monde (mis de côté par moments, il se prend ensuite une gifle totale­ment gra­tu­ite dans une autre scène). Ce par­ti-pris ne donne jamais la pos­si­bil­ité à quiconque (et le spec­ta­teur en pre­mier) de pos­er un regard com­patis­sant sur cette mère frag­ile qui com­prend un peu trop tard qu’elle n’est pas en mesure d’as­sumer ses respon­s­abil­ités. C’est d’au­tant plus dom­mage qu’on devine que le réal­isa­teur a pour­tant voulu traiter son sujet avec human­ité et respect pour son héroïne. Mais son regard manque bien trop de hau­teur pour qu’Anna puisse béné­fici­er du souf­fle espéré.