« My life is just an old men’s mem­o­ry » (Ma vie n’est qu’un sou­venir de vieil homme), arbore sur l’un de ses T‑shirt l’infirmière qui s’occupe du vieil­lard sénile au cœur d’Anato­my of Time. Une phrase qui métapho­rise grossière­ment ce que le film tra­vaille par son entremêle­ment des tem­po­ral­ités en racon­tant par­al­lèle­ment deux moments de la vie d’une femme, Maem, de ses pre­miers émois à l’agonie de son mari, un ancien chef d’armée. C’est dans cette illus­tra­tion de la vieil­lesse que le film con­va­inc le plus : d’abord à tra­vers le per­son­nage du général, en opposant son passé (une fig­ure vir­ile et dom­i­na­trice) à son devenir (un vieil homme dépen­dant), puis celui de Maem, jadis jeune fille avec la vie devant elle et désor­mais pris­on­nière d’un présent qui lui échappe. Cette con­cep­tion du temps comme un dia­logue per­ma­nent entre les épo­ques per­met à Jakraw­al Niltham­rong de for­malis­er à tra­vers sa mise en scène une manière d’envisager l’existence de manière cyclique, inscrivant ses per­son­nages et son réc­it dans un cadre autonome qui les dépasse large­ment, celui de l’imposante nature thaï­landaise. C’est le cas notam­ment lors d’une scène ryth­mée par un enchaîne­ment de plans élo­quents : un oiseau, sur une branche d’arbre, picore des baies qui le font immé­di­ate­ment défé­quer. Un mou­ve­ment de caméra passe de cette branche au sol, puis longe les racines de l’arbre.

Cette scène, qui s’inscrit dans un ensem­ble de panora­mas allé­goriques, traduit la volon­té du réal­isa­teur de ren­dre per­cep­ti­ble la cir­cu­la­tion de la vie. Jakraw­al Niltham­rong n’a pour­tant pas la déli­catesse d’un Weerasethakul : si sa mise en scène évoque sou­vent les films de son com­pa­tri­ote, les séquences en pleine nature sont alour­dies par une musique planante qui vise trop ouverte­ment une forme d’évanescence. Le brouil­lage des repères spa­tio-tem­porels, qui fai­sait la curiosité de la pre­mière demi-heure du film, finit par le ren­dre illis­i­ble et sem­ble sans cesse chercher le coup de force. Si quelques idées ou scènes se démar­quent locale­ment (une belle séquence lynchéenne à l’éclairage arc-en-ciel dans un bar enfumé), le film s’avère trop pré­ten­tieux pour émou­voir.