Tout le monde n’est pas Pixar, Dis­ney ou Dream­Works. Alpha et Omega est donc un petit pro­duit 3D (avec un bud­get estimé à un quart de celui de Moi, moche et méchant), absol­u­ment prévis­i­ble, par­venu sur les grands écrans par la seule ver­tu de sa réal­i­sa­tion 3D. Pas de génie, pas de sur­prise, rien de grandiose donc, mais au moins une exé­cu­tion hon­nête pour une morale large­ment moins per­fide et plus appré­cia­ble qu’un Kung-Fu Pan­da.

Kate et Humphrey ne sont pas des stars absolues du ciné­ma hol­ly­woo­d­i­en – mais on sent la référence, oui –, non : ce sont des loups. Et dans la société des loups, les meutes se divisent en Alpha (en gros, les lead­ers et les guer­ri­ers), les Omega (les bouf­fons) et… le reste de l’al­pha­bet grec, prob­a­ble­ment, qui s’ap­plique à tous les autres. Les Alphas et les Omegas ne se mélan­gent pas, vous pensez bien, mais lorsque Kate-l’Al­pha et Humphrey-l’Omega se retrou­ve embar­qués dans une grande aven­ture pour retrou­ver leurs ter­res, tan­dis que deux meutes men­a­cent de s’en­tredéchir­er s’ils ne ren­trent pas à temps, on sent poindre l’aven­ture édi­fi­ante qui ver­ra les deux tourtereaux-lou­veteaux se jeter dans les pattes l’un de l’autre.

Bon. Autant dire que le scé­nario ne brille ni par son orig­i­nal­ité, ni par sa volon­té de com­plex­ité. Non, Alpha et Omega tient de la pro­duc­tion à la chaine, prévue pour rem­plir le cahi­er des charges d’un film d’an­i­ma­tion 3D famil­ial. Assez court, le film aurait sans doute peiné à rajouter de la matière à son scé­nario déjà des plus minces. Les repères atten­dus dans une pro­duc­tion de ce type sont bien là, avec notam­ment une paire de goosy side­kicks improb­a­bles (un canard anglais et un jars français) plutôt ratés mais heureuse­ment très dis­cret, une aven­ture bal­isée selon le mode expo­si­tion – util­i­sa­tion des forces des pro­tag­o­nistes, etc.

Tech­nique­ment, le film surfe – c’est le cas de le dire, au vu des per­for­mances de Humphrey le loup-à-luge – sur la vague 3D avec des séquences échevelées dont la per­ti­nence n’est pas évi­dente mais l’ef­fi­cac­ité avérée. Courant droit au plus spec­tac­u­laire, le film ne prend le temps de s’ar­rêter sur rien − si l’am­bi­tion de l’équipe est de don­ner dans le spec­ta­cle pre­mier degré, soit, c’est réus­si, d’au­tant qu’au con­traire d’un Kung-Fu Pan­da réac, le film a la bon­té de se faire l’apolo­gie de la rébel­lion con­tre les tra­di­tions. Voilà qui change. Cela dit, ce n’est qu’une mai­gre con­so­la­tion à une exé­cu­tion sans pas­sion de son sujet. On peut d’ailleurs regret­ter que ce film bien inof­fen­sif se révèle être le dernier film de feu Den­nis Hop­per, dont la per­for­mance vocale est le dernier “rôle” au ciné­ma. Comme chant du cygne, un loup hurlant à la lune con­vient fort bien, mais quand même…