Après James Bond et Spy Kids, voilà Alex Rid­er, agent secret blondinet et imberbe en mis­sion pour sauver l’An­gleterre. Entre le ridicule et le grotesque, le film vac­ille au gré de la con­vic­tion de ses acteurs.

Quand son oncle se fait canarder en voiture par un Russe en lévi­ta­tion (sus­pendu à l’en­vers à un héli­cop­tère et ras­ant le sol à 200km/h), Alex Rid­er devient colère. Et il y a de quoi puisque l’u­nique mem­bre de sa famille était Ewan McGre­gor et qu’il avait une super voiture de sport pleine de gad­gets qui fai­saient bip bip. Face à ce drame intimiste poignant, le jeune héros n’a plus qu’une solu­tion: par­tir sauver l’An­gleterre.

S’il n’y avait aucun pro­duit pour les 7–15 ans estampil­lé “Agent secret d’o­rig­ine con­trôlée”, c’est chose faite. Et le plaisir des pro­duc­teurs de leur avoir enfin trou­vé film à leur pied ne sera que décu­plé par la récon­for­t­ante assur­ance d’un investisse­ment sur le long terme. Alex Rid­er, c’est par­ti pour une série (Alex Rid­er à St Tropez, Alex Rid­er et les extra-ter­restres…).

Pour assou­vir les pul­sions con­som­ma­tri­ces ado­les­centes, le film mélange: un roman à suc­cès (façon Tom Clan­cy), des gad­gets high-tech (façon James Bond) et une psy­cholo­gie niveau zéro; le tout agré­men­té de quelques effets spé­ci­aux et effets visuels tape-à-l’œil, his­toire de don­ner le sen­ti­ment d’en avoir eu pour le prix de son bil­let.

L’in­trigue qui découle des ingré­di­ents insipi­des par­le d’elle-même: un méchant riche (Dar­rius Sayle — Mick­ey Rourke) veut tuer des gen­tils écol­iers bri­tan­niques grâce à des ordi­na­teurs truqués, pour se venger de la méchanceté de ses cama­rades de classe quand il était petit. Mais, par une pirou­ette scé­nar­is­tique, Alex — devenu agent secret for­mé à la dure chez les mil­i­taires — est envoyé chez Dar­rius pour sauver le pays.

La mise en scène de Geof­frey Sax entraîne le film aux fron­tières d’un ridicule que la con­vic­tion des acteurs arrive par­fois à éviter. Alex Pet­tyfer se sort plutôt bien de sit­u­a­tions ou le grotesque guet­tait, comme rat­trap­er un camion en vélo moyen­nant pirou­ettes et cas­cades dignes du cirque de Pékin ou met­tre à terre huit mécani­ciens gros bras avec une ficelle trou­vée au hasard du décor. Mick­ey Rourke, en sobre psy­chopathe, évite aus­si le pire à la dif­férence des autres “adultes” du film. L’ab­sence com­plète de fan­taisie et de légèreté empêche de fonc­tion­ner l’au­todéri­sion que sem­ble pour­tant rechercher Geof­frey Sax, en imposant à ses acteurs adultes sur­jeu de tics et posi­tions figées vite agaçants et ris­i­bles (en tête le bras droit féminin de Rourke).

Qui espér­erait tout de même voir dans cette his­toire d’or­di­na­teurs tueurs offerts aux écoles bri­tan­niques une lueur de cri­tique poli­tique sur la libéral­i­sa­tion de l’é­d­u­ca­tion serait bien déçu. Même ça, le film passe à coté.