Entre remakes et adap­ta­tions de séries télé, le busi­ness de la nos­tal­gie bat son plein. Per­son­nage iconique de l’en­fance des quadragé­naires, Alba­tor a pris son temps pour arriv­er sur les écrans de ciné­ma. Le film, inspiré de l’u­nivers de Lei­ji Mat­sumo­to, nég­lige, et c’est heureux, la pos­si­bil­ité de tit­iller la fibre passéiste de son audi­toire et entre­prend de con­stru­ire une mytholo­gie. Le prob­lème étant qu’on n’y com­prend pas grand-chose.

Alba­tor, cor­saire de l’e­space est con­stru­it comme une œuvre-univers à part entière : les icônes que sont le per­son­nage lui-même et son vais­seau, l’Ar­ca­dia, pos­sè­dent une réelle présence à l’écran, un poten­tiel qui est avant tout l’œuvre de Ken­go Takeuchi, et de ses ambiances som­bres. Pour le reste de l’u­nivers mis en place, le film tente de créer un monde aux ram­i­fi­ca­tions mul­ti­ples, aux impli­ca­tions poli­tiques et mil­i­taires omniprésentes : c’est beau­coup pour un seul film, d’au­tant qu’Alba­tor se perd dans les méan­dres d’une sci­ence-fic­tion mât­inée de phi­lo new-age encom­brante et con­fuse – un trait peut-être pro­pre au genre au Japon, tant on peut déjà l’avoir con­staté, notam­ment dans Final Fan­ta­sy – Les Créa­tures de l’e­sprit.

Une ten­dance se dégage pour­tant de ce réc­it aux rebondisse­ments et aux voies nar­ra­tives mul­ti­ples : la fig­ure du révolté. Pour mon­ter à bord de l’Ar­ca­dia, un seul mot de passe : « lib­erté ». Cette lib­erté s’ex­prime dans la révolte vis-à-vis d’une fédéra­tion hégé­monique dont on ne saura jamais vrai­ment les crimes, en dehors de ladite hégé­monie. Au fil du réc­it, Alba­tor, son équipage, son jeune pro­tégé à la loy­auté fluc­tu­ante vont men­er, au nom de cette lib­erté, une croisade incon­séquente. Peu importe la logique nar­ra­tive : revire­ments et coups de théâtres improb­a­bles sont au ren­dez-vous. Tout, pourvu que la sil­hou­ette som­bre et fasci­nante du cap­i­taine pirate reste cool.

Impres­sion­nante machine graphique à la mécanique bien huilée, Alba­tor, le cor­saire de l’e­space fait sourire par son attache­ment à une psy­cholo­gie ado­les­cente pri­maire : tout baser sur l’ap­parence, et la révolte con­tre l’or­dre établi – peu impor­tent les buts de cette révolte. Pourquoi pas ? Ce n’est nulle­ment un gage de médi­ocrité. Mal­heureuse­ment, il manque à cet Alba­tor ce qui lui aurait per­mis de pass­er out­re : une véri­ta­ble per­son­nal­ité.