Anna, une jeune insti­tutrice pass­able­ment dépres­sive, se réveille un jour à la morgue, au lende­main d’une dis­pute avec son petit ami. Est-elle morte, comme l’affirme son thanato­prac­teur, ou bien vivante comme elle-même le croit ? After.Life est de ces films qui pla­cent le doute au cœur de leur dis­posi­tif, forçant le spec­ta­teur à se faire enquê­teur, à amass­er les indices pour démêler le vrai du faux. Belle démon­stra­tion de ce qu’il se passe lorsqu’on essaie de faire un film de « petit malin » sans en avoir les moyens.

Il faut être sacré­ment éhon­té pour oser écrire un scé­nario pareil. L’ambition d’After.Life est apparem­ment de pos­er une sit­u­a­tion ambiguë, de la dévelop­per en main­tenant l’incertitude tout au long du film jusqu’à finale­ment laiss­er devin­er la vérité. Faut-il croire Anna lorsqu’elle affirme être en vie ? Ou croire l’inquiétant Dea­con, qui pré­tend que tous les morts dis­ent la même chose jusqu’à ce qu’ils fassent finale­ment le deuil de leur vie ? En réal­ité, aucune des deux hypothès­es ne tient la route. Plutôt que de main­tenir le trou­ble par la réten­tion d’information, le scé­nario des­sine des pistes con­tra­dic­toires. Les indices qui ten­dent à démon­tr­er la pos­si­bil­ité matérielle de don­ner à quelqu’un l’illusion qu’il ou elle a per­du la vie se mêlent à des sail­lies fan­tas­tiques, sug­gérant que nous sommes bien face à un cadavre qui refuse de mourir et se man­i­feste de façon sur­na­turelle aux vivants. Plutôt que de choisir son point de vue, le film oscille de l’un à l’autre de façon totale­ment inco­hérente et décom­plexée. Voilà qui témoigne d’un cri­ant manque d’estime pour la pra­tique ciné­matographique comme pour le spec­ta­teur, qui ne tardera pas à s’agacer de la supercherie.

Heureuse­ment, les effets sonores sont là pour nous rap­pel­er que nous sommes face à un film à sus­pense. Agniesz­ka Woj­tow­icz-Vosloo man­i­feste une grande cul­ture télé­filmique et vient ren­forcer par sa mise en scène les pon­cifs qui jonchent le scé­nario. On a donc droit à une dis­pute de cou­ple dans un restau­rant suiv­ie de la fuite en voiture et sous la pluie d’Anna, en larmes, prélude à un inévitable acci­dent ; à une scène de rêve où la jeune femme, nue sous la douche, arrache son pro­pre cœur et le tend à son petit ami hébété ; à une extinc­tion de néons en cas­cade dans le couloir d’une école suiv­ie par l’irruption d’un enfant inquié­tant ; à un jeu de cache-cache dans des couloirs som­bres, où une Anna hale­tante attend son tor­tion­naire un grand couteau de cui­sine à la main. Le tout représen­té de la façon la plus atten­due et inélé­gante qui soit. Ultime affront : Agniesz­ka Woj­tow­icz-Vosloo se tar­gue de « faire réfléchir » en pro­posant une inter­pré­ta­tion morale prête-à-con­som­mer, sans pour autant avoir le courage de pren­dre par­ti.

Notre seule con­so­la­tion sera que l’héroïne ne soit pas incar­née par une bim­bo de bas étage mais par Christi­na Ric­ci, dont la présence trou­blante survit à la médi­ocrité dans laque­lle elle patauge. Voilà qui eût été une bonne idée de cast­ing si After.Life avait été autre chose qu’un objet stérile, irrécupérable. Sa présen­ta­tion en salles, deux ans après la sor­tie out­re-Atlan­tique, a tout d’une mau­vaise plaisan­terie.