Suite à la crise finan­cière de 2008 qui a sec­oué entre autres l’Es­pagne, de nom­breux par­ti­c­uliers se sont retrou­vés dans l’in­ca­pac­ité de pay­er leur crédit immo­bili­er. Pour beau­coup d’en­tre eux, les con­séquences se sont révélées cat­a­strophiques : à la suite d’un licen­ciement, de la perte d’un mag­a­sin ou de la sup­pres­sion d’une allo­ca­tion, ce sont les biens immo­biliers qui furent sai­sis par les ban­ques, pous­sant à la rue des mil­liers de familles. De cette ter­ri­ble réal­ité qui ne redor­era pas le bla­son des ban­ques ayant exces­sive­ment spéculé sur la bulle immo­bil­ière, la doc­u­men­tariste Sílvia Munt entend répon­dre par le biais d’un film engagé et au plus près des vic­times de ce sys­tème. Pour cela, elle a approché un col­lec­tif de citoyens du côté de Barcelone, régulière­ment réu­nis pour s’é­pauler, se con­seiller et se soutenir dans cette extrême pré­car­ité qui leur sem­blait inimag­in­able quelques années plus tôt. Il est dif­fi­cile de ne pas être ému par cer­tains témoignages : on pense par exem­ple à ce jeune hand­i­capé privé de son allo­ca­tion, à cette mère de famille oblig­ée de squat­ter des apparte­ments inoc­cupés pour don­ner un toit à ses trois enfants ou encore à cette femme en pleurs parce qu’après avoir été saisie de son apparte­ment, elle a entraîné dans sa chute les amis qui s’é­taient portés garants pour elle. À ce niveau, on ne peut pas douter un seul instant du respect dont la réal­isatrice fait preuve à l’é­gard de la parole de cha­cun, lais­sant cha­cun met­tre les mots (ou les silences) sur cette expéri­ence trau­ma­ti­sante.

Pourquoi chercher un contradicteur ?

Mais cette évi­dente générosité fait para­doxale­ment toute la grosse lim­ite du film. Tout d’abord sur le plan formel, la dis­cré­tion appuyée de la mise en scène n’of­fre rien de plus qu’une suc­ces­sion d’en­tre­tiens filmés face caméra. À de rares repris­es, la réal­isatrice se risque à enreg­istr­er des ambiances et joue timide­ment avec le hors-champ mais tout sem­ble guidé par la valeur incon­testable du témoignage. Le manque cri­ant d’am­bi­tion formelle pose une fois de plus cette ques­tion : ce doc­u­men­taire, aus­si néces­saire soit-il dans le mes­sage qu’il entend faire pass­er, a‑t-il plus sa place dans les salles obscures qu’à la télévi­sion (le film a d’ailleurs été pro­duit par une chaîne de télévi­sion cata­lane) ? Ensuite, sur le plan de l’écri­t­ure, on peut rester cir­con­spect par le choix de Sílvia Munt de ne jamais ouvrir son film à autre chose qu’aux témoignages des vic­times de la bulle immo­bil­ière. Certes, la démarche est bien de leur don­ner la parole pour répar­er des injus­tices et leur per­me­t­tre de s’in­car­n­er face à la ges­tion déshu­man­isée du sys­tème ban­caire. Mais pourquoi ne pas chercher la con­fronta­tion juste­ment ? Pourquoi ne pas ten­ter mal­gré tout d’ac­culer les acteurs d’un sys­tème indif­férent au sort des pré­caires en les met­tant face aux con­séquences de leurs actes ? Prob­a­ble­ment parce que la réal­isatrice ne souhaite pas poli­tis­er son film et que c’est pour cette rai­son qu’elle ne pose pas de manière rigoureuse la ques­tion de la respon­s­abil­ité des poli­tiques et de l’État dans cette débâ­cle nationale. Ce par­ti-pris a le mérite de met­tre au cen­tre du dis­posi­tif la parole des lais­sés pour compte mais fait d’Afec­ta­dos (Rester debout) un film qui, face à un drame économique d’une telle ampleur, donne le désagréable sen­ti­ment d’abor­der le prob­lème par le petit bout de la lorgnette.