Un homme à qui son ex-femme reprochait ses trop longues absences est rap­pelé par celle-ci : leur fils a dis­paru au cours d’une classe verte… Mon garçon démarre pra­tique­ment sans préam­bule, et dis­tribue au bout d’une poignée de scènes des rôles fam­i­liers : à l’homme celui de l’en­quê­teur atten­tif au moin­dre détail tout en tâchant de faire de ses émo­tions un moteur maîtrisé ; à la femme (une seule dans tout le film) celui de la mère sub­mergée par ses émo­tions à elle et faisant du sur­place. Bien sûr, per­son­ne n’est par­fait : les soupçons du père con­finent à la para­noïa, il com­mence par brusquer les mau­vais­es per­son­nes avant de se frot­ter à de vrais sus­pects, se met à dos les forces de l’or­dre, se salit les mains, mais avance sans fail­lir vers son but, mû par cette volon­té que le cliché con­fère aux par­ents prêts à tout pour retrou­ver leurs enfants.

Une qual­ité des meilleurs thrillers est de savoir sus­citer le sus­pense jusque dans des cir­con­stances où le spec­ta­teur le plus aguer­ri croit pou­voir l’an­ticiper et le minor­er : par un biais auquel on n’é­tait pas pré­paré, l’at­tente ter­ri­ble nous saisit. Mon garçon n’est pas de ces meilleurs thrillers. Chris­t­ian Car­i­on, dont c’est la pre­mière incur­sion dans le genre (après son bre­lan de films lénifi­ants autour des guer­res du 20e siè­cle), reste fidèle à sa façon de tra­vailler : tech­ni­cien hon­nête ne gâchant pas trop ses plans, capa­ble d’ef­fi­cac­ité, mais prenant soin de ne jamais dépass­er les grandes lignes du type de pro­duit dans lequel il s’in­scrit — au moins, ici, ne pré­tend-il pas don­ner de leçons d’hu­man­isme par l’ex­em­ple his­torique. Mon garçon ne com­met aucune faute de goût dans son exé­cu­tion de motifs fam­i­liers de son sché­ma nar­ratif, réus­sit un ou deux jolis coups de ten­sion (des sons mys­térieux dans le cof­fre du véhicule d’un per­son­nage inquié­tant), mais dans l’ensem­ble ne sur­prend que peu et jamais durable­ment, faute d’une réelle volon­té de pren­dre nos attentes en défaut. Et si le motif cen­tral est cette fig­ure pater­nelle prête à l’ex­trême pour ramen­er sa progéni­ture à la mai­son — et se racheter de son manque de présence passé, là encore, mal­gré l’in­vestisse­ment vis­i­ble des scé­nar­istes et de Guil­laume Canet[1], cette étude de car­ac­tère n’im­pres­sionne pas tant que cela. Il faut sans doute en blâmer le pro­fes­sion­nal­isme trop pré­cau­tion­neux par lequel cet investisse­ment s’ex­prime (on pense à une cer­taine scène de tor­ture, que la mise en scène sem­ble affron­ter en se bouchant un peu le nez). Illus­trée dans cette fac­ture, même la noirceur qui se révèle du héros ressem­ble à l’exé­cu­tion d’un pro­gramme, résul­tant moins d’une con­science des pul­sions humaines que du décalque de sit­u­a­tions ana­logues jouées avec plus de con­vic­tion dans d’autres films.

À moins que… Une nuance sur­git à la toute dernière scène, con­clu­sion douce-amère réser­vant une petite sur­prise, en ce qu’elle nous remet en mémoire une scène précé­dente, dérangeante sur le papi­er mais que l’on croy­ait vouée à l’ou­bli, reléguée par­mi les “pas­sages oblig­és” de la quête pater­nelle sans lim­ites. En redonnant à la scène passée une cer­taine impor­tance, cette con­clu­sion déjoue in extrem­is l’idée — que le manque de relief du film pou­vait accréditer — que toute cette enquête hors la loi n’au­rait été qu’une for­mal­ité à laque­lle le spec­ta­teur n’au­rait été invité qu’à adhér­er. Un petit sur­saut de con­science dans un télé­film du same­di soir : c’est tou­jours ça de pris.

Notes

Notes
↑1 La pro­mo­tion du film nous assure que Car­i­on aurait dirigé Canet en six jours de tour­nage en lui inter­dis­ant tout accès au scé­nario.