Lorsque Sal­im Sha­heen arrive dans une ville, il dit tou­jours que c’est celle où est née sa mère. Voilà qui peut don­ner une idée du pro­tag­o­niste de Noth­ing­wood, un acteur-réal­isa­teur-pro­duc­teur de séries Z pour le moins exubérant et très pop­u­laire en Afghanistan. La jour­nal­iste Sonia Kro­n­lund, notam­ment con­nue pour l’émission radio­phonique « Les Pieds sur terre », le suit avec une équipe de tour­nage dans la région de Bâmiyân, où il vient lui-même tourn­er plusieurs films, et mon­tre à quel point la vie de cet homme est indis­so­cia­ble de sa pas­sion pour la réal­i­sa­tion. Au pas­sage, elle capte des scènes de tour­nage cocass­es, fait la con­nais­sance de ses fils, ren­con­tre ses admi­ra­teurs, aidée d’un dis­posi­tif qui lui per­met d’échanger avec eux dans leur langue.

Aus­si diver­tis­sante soit-elle par moments, cette aven­ture reste est aus­si très anec­do­tique. Faute de principe d’écriture pré­cis, Noth­ing­wood se dis­perse au gré des événe­ments et saute sans arrêt du coq à l’âne. Sonia Kro­n­lund a con­servé une flopée de scènes qui reflè­tent sans doute l’expérience du tour­nage mais ne ser­vent aucun pro­pos. Elle évoque égale­ment en voix-off sa pro­pre expéri­ence de l’Afghanistan, bien que celle-ci sem­ble assez hors sujet. Sal­im Sha­heen aurait facile­ment pu faire l’objet d’un por­trait, mais la réal­isatrice ne résiste pas à la ten­ta­tion de s’attarder aus­si sur ses col­lab­o­ra­teurs hauts en couleur, notam­ment l’un de ses comé­di­ens, spé­cial­iste des rôles de femmes.

La ques­tion de la place du ciné­ma en Afghanistan revient égale­ment à plusieurs repris­es dans le film. Sal­im se remé­more son enfance, lorsqu’il se fau­fi­lait dans les salles pour se délecter de films bol­ly­woo­d­i­ens. Il par­le de la guerre, à l’issue de laque­lle il reçut sa pre­mière caméra. Un spec­ta­teur racon­te com­ment il a réus­si à voir ses films sous le régime des Tal­ibans. Une actrice évoque la vig­i­lance de sa famille afin qu’on ne la prenne pas pour une danseuse. Mal­heureuse­ment, ces anec­dotes sont épars­es et l’on reste sur sa faim, tant la réal­isatrice a ici man­qué une occa­sion d’évoquer les façons dont la créa­tion s’adapte et survit dans des con­textes à la fois hos­tiles et insta­bles.