Petite bour­gade du sud de l’I­tal­ie, Riace fait aujour­d’hui fig­ure de sym­bole nation­al et européen de l’ac­cueil mas­sif des migrants. Alors qu’au cours des années 1990, le vil­lage doit faire face à un fort exode rur­al qui con­damne à moyen terme son activ­ité, les habi­tants voient s’é­chouer sur leurs rivages un bateau trans­portant deux cents Kur­des ayant fui leur région en plein con­flit. Plutôt que de rejeter ces étrangers débar­qués illé­gale­ment, la munic­i­pal­ité décide de les accueil­lir et de les inté­gr­er à la vie du vil­lage. Si la con­jonc­ture économique régionale n’a pro­duit aucun mir­a­cle (le taux de chô­mage reste élevé), la présence de cette nou­velle com­mu­nauté a amené la réno­va­tion des maisons aban­don­nées, un regain de vital­ité pour les petits com­merces, mais surtout le sauve­tage de l’é­cole qui pâtis­sait d’un manque d’en­fants. Il n’est pas dif­fi­cile d’imag­in­er, en ces temps de repli nation­al­iste et de crise migra­toire, ce qui a pu motiv­er les réal­isa­teurs à ren­dre compte d’une expéri­ence aus­si atyp­ique et apparem­ment couron­née de suc­cès. Il est d’ailleurs intéres­sant de voir com­ment Shu Aiel­lo et Cather­ine Catel­la fil­ment ce petit vil­lage d’ir­ré­ductibles, bien décidés à ne pas suc­comber aux dis­cours pop­ulistes qui vien­nent toquer jusqu’à la porte de la mairie à l’oc­ca­sion des prochaines élec­tions où le par­ti de droite soutenu par la mafia locale annonce vouloir met­tre un terme à cette poli­tique d’ac­cueil : d’un côté le bourg per­ché sur une côte rocailleuse avec ses ruelles sin­ueuses et pentues, de l’autre la mer, espace ouvert sur l’ar­rivée de migrants venus ten­ter une autre aven­ture au péril de leur vie. Espace inter­mé­di­aire, la plage, autre­fois réservée aux pêcheurs, est désor­mais celui de la pos­si­ble ren­con­tre avec l’é­tranger.

Feel-good movie politique

Cer­taine­ment parce que ces deux réal­isa­teurs human­istes et bien­veil­lants souhait­eraient qu’une telle expéri­ence d’ac­cueil trou­ve un écho posi­tif dans d’autres pays européens réti­cents à l’ac­cueil mas­sif des réfugiés, Un Paese di Cal­abria vise surtout à l’ef­fi­cac­ité de son dis­cours, met­tant l’ensem­ble du dis­posi­tif filmique au ser­vice d’une vision uni­latérale­ment pos­i­tive de l’ex­péri­ence : les étrangers se sont bien inté­grés au point de finir par se sen­tir chez eux dans ce petit vil­lage ital­ien, la parole raciste ne s’est jamais libérée, don­nant l’im­pres­sion un brin sim­pliste que d’autres ten­ta­tives dans d’autres endroits pro­duiraient un résul­tat sim­i­laire. Si le doc­u­men­taire ne com­met pas l’er­reur d’énon­cer des général­ités sur la poli­tique d’ac­cueil à l’échelle nationale ou européenne (les prob­lèmes à l’échelle d’un pays n’é­tant bien évidem­ment pas les mêmes que ceux d’un petit vil­lage), on devine néan­moins que par le prisme de cette expéri­ence sin­gulière, les réal­isa­teurs pren­nent le risque de vouloir con­ver­tir les spec­ta­teurs à une vision un peu trop édul­corée de ce drame human­i­taire, ne mon­trant que le ver­sant lumineux de leur sujet (le lieu paraît être un havre de paix avec ses airs de vil­lage de vacances). On est égale­ment ten­té de croire que Un Paese di Cal­abria ne prêchera que les con­va­in­cus, ceux pour qui l’ac­cueil des réfugiés relève de l’év­i­dence et qui trou­veront lors du vision­nage la preuve que le suc­cès est à portée de main. Pour les autres, ils risquent de buter devant ce feel-good movie aux accents poli­tiques un peu trop idéal­istes pour coller véri­ta­ble­ment à la rugosité de la réal­ité.