Comme d’un gosse un peu doué qui s’obstinerait à ne jamais pro­gress­er, on ne sait plus trop quoi faire du cas Todd Solondz. À désor­mais cinquante-sept ans et en dépit d’une fil­mo­gra­phie remar­quée pour sa vision white trash d’une Amérique en éter­nelle gueule de bois, l’auteur de Hap­pi­ness sem­ble ain­si con­damné à ne jamais attein­dre le niveau « Ligue des Cham­pi­ons » du ciné­ma indé. Et ce n’est pas ce mod­este Teck­el, accueil­li par les gri­maces du pub­lic de Deauville, qui nous fera dire le con­traire. Autre­fois logé dans de savoureux réc­its con­ceptuels – à l’image de Palin­dromes, dont le pro­tag­o­niste changeait qua­tre fois d’acteurs, et qui offrait, à défaut d’une idée vrai­ment fer­tile, une petite note freak –, il sem­blerait que le sadisme sur lequel repose sa répu­ta­tion d’en­fant ter­ri­ble ne doive même plus s’embarrasser d’une intrigue. Si bien que les qua­tre sketchs en quoi con­siste ce nou­veau feel bad movie, plus ou moins liés par la présence anec­do­tique d’un teck­el, finis­sent par ressem­bler à un bout à bout d’idées foireuses, récupérées dans la cor­beille d’un cinéaste en rade de Juvamine.

Antipathie has-been

Vis­i­ble­ment décon­nec­té de ses inspi­ra­tions passées, quand l’amertume d’une fil­lette un peu laide muait en héroïsme acri­monieux (Bien­v­enue dans l’âge ingrat), Solondz s’en remet donc à ce qu’il sait faire de mieux : se ren­dre, au pré­texte d’une comédie noire et sans sucre, le plus antipathique pos­si­ble. Pas de quoi réc­on­cili­er le cinéaste avec ses détracteurs, tant les qua­tre his­toires con­finent à la cru­auté la plus gra­tu­ite qui soit. Et, de fait, out­re la promesse d’un plan cul faite à une vieille fille à la fin du deux­ième seg­ment (oubli­able Gre­ta Ger­wig), rien ne vien­dra col­or­er ce tableau métas­tasé de la moin­dre nuance d’espoir. Mais le vrai prob­lème, c’est qu’il n’y a pas de nou­veau chef d’accusation non plus, à porter au procès en sor­cel­lerie du ciel éter­nelle­ment bas et lose de l’Amer­i­can night­mare de Solondz. Et mal­gré les témoignages des pre­miers spec­ta­teurs de fes­ti­vals, unanime­ment « choqués » par la noirceur du film, on a eut beau chercher, mais le cinéaste ne fait bien que rumin­er ses petites marottes de tou­jours.

Torture-porn

Paresse mise à part, reste que sur le ter­rain du cynisme fausse­ment-rédemp­teur et de l’innocence mal­traitée, Le Teck­el fait qua­si­ment office de tor­ture porn tous publics. Du petit can­céreux en phase de rémis­sion à qui l’on offre, avant de le piquer, un chien pour tromper l’ennui, à ce prof de ciné­ma dépres­sif qui fini­ra par piètrement appli­quer dans la réal­ité une théorie qui peinait déjà à faire ses preuves au ciné­ma (Dan­ny DeVi­to, très bon dans son reg­istre d’honnête homme ratat­iné par sa pro­pre médi­ocrité), en pas­sant par une soûlarde esseulée dont le teck­el se fait aplatir par un con­voi de semi-remorques, rarement un film – même de Solondz – aura si fière­ment bat­tu en brèche les plus petites pouss­es de ten­dresse. Quitte à spoil­er l’épilogue, et après l’avoir hous­pillé comme jamais le meilleur ami de l’homme l’aura été au ciné­ma, à not­er qu’il fal­lait quand même oser faire de la résur­rec­tion du clébard en peluche pour FIAC le point final, et vrai­ment pathé­tique, de ce nec­tar de provo­ca­tion vacharde. Sous l’angle de l’humour le plus grinçant pos­si­ble, c’est opiniâtre, et c’est même assez courageux, mais à tous les autres points de vue, c’est sans grand intérêt.