La Couleur de la vic­toire con­cen­tre sa nar­ra­tion autour des Jeux Olympiques de 1936 et la pos­si­bil­ité de leur boy­cott. Leur his­toire est con­nue du fait des célèbres pho­togra­phies de l’athlète améri­cain Jesse Owens qui sont inté­grées dans les manuels d’histoire. Voir un jeune homme noir tri­om­phant de ses rivaux – dont des Alle­mands – devant le chance­li­er Adolf Hitler chantre de la supré­matie aryenne représente en effet une puis­sance iconique impa­ra­ble.

L’enjeu de se ren­dre ou non aux Olympiades de Munich con­tient cette dose de choix éthiques – entre Bien et Mal – qui plaît tant au ciné­ma améri­cain de diver­tisse­ment vers lequel ten­dent les copro­duc­teurs cana­do-ger­mano-français. Et il est vrai que com­par­er l’Allemagne nazie et les États-Unis du temps de la ségré­ga­tion con­stitue en soi un sujet fort. La séquence où arrivant à Munich Jesse Owens se rend compte qu’il est traité désor­mais d’égal à égal avec ses équip­iers blancs est à ce titre on ne peut plus per­tur­bante.

Version accélérée

Mal­heureuse­ment ce type de scènes mar­quantes est plus que rare sous la direc­tion de Stephen Hop­kins. Créa­teur de la série 24 heures chrono, celui-ci livre une mise en scène ultra-effi­cace, très télévi­suelle. Mal­gré ces presque 120 min­utes, La Couleur de la vic­toire est un long-métrage qui donne une sen­sa­tion de grande célérité. Le biopic n’est même pas de l’ordre de l’illustration didac­tique, ce qu’on peut reprocher d’ordinaire à nom­bre de films his­toriques, mais prend des allures de sur­vol général. Tout est traité dans une même hor­i­zon­tal­ité : un entraîne­ment sur le stade, une dis­cus­sion entre respon­s­ables sportifs… et ain­si de suite.

Chaque élé­ment de cet enchaîne­ment mon­té stac­ca­to n’est pen­sé que par le biais d’une sidérante lit­téral­ité. Tout est dans le plan, soit dans l’image, soit dans le dia­logue, voire dans les deux en simul­tané pour être sûr que soit bien délivrée au spec­ta­teur l’information voulue. Le résul­tat est du coup d’une niais­erie con­fon­dante. Les acteurs prin­ci­paux sont tous médiocres (ce devrait être le dernier rôle dra­ma­tique de Jason Sudeikis) mais ils se trou­vent can­ton­nés à des sit­u­a­tions si prévis­i­bles qu’elles frô­lent le comique involon­taire : quand un per­son­nage est en colère il frappe du poing sur la table, quand un per­son­nage est mal­heureux il boit de l’alcool…

À racon­ter un épisode his­torique en ver­sion aus­si accélérée, il y a for­cé­ment des sub­til­ités qui sont gom­mées ou pire des faits qui se voient trans­for­més au pas­sage. Ain­si la réal­isatrice Leni Riefen­stahl devient une rebelle au régime nazi, qua­si mil­i­tante de la cause noire, ce qui n’est pas des plus exacts. Si elle n’était guère appré­ciée de Joseph Goebbels, Leni Riefen­stahl était cou­vée par un Hitler qu’elle admi­rait en retour. Idem pour l’entrepreneur Avery Brundage, futur mem­bre du CIO, mil­i­tant anti­boy­cott, autant défenseur des valeurs du sport comme le décrit le film que pro­fondé­ment anti­sémite et donc peu enclin à con­damn­er avec la plus grande force les agisse­ments des Nazis.

Plus le réc­it se déploie, plus il paraît clair que La Couleur de la vic­toire n’a que faire des zones gris­es du pan d’histoire qu’il abor­de. Seul compte en réal­ité un culte plus basique de la gagne pour la gagne, du self-made man par­ti de rien pour arriv­er aux som­mets, bref de la vie perçue comme une com­péti­tion sportive. L’entraîneur de Jesse Owens le lui répète à l’envi tout au long du film : l’athlète doit con­courir à Munich car il détient une chance unique de bat­tre le record de médailles, ses cama­rades juifs du relais sont exclus mais s’ouvre là une oppor­tu­nité inespérée de gag­n­er une autre breloque… Pas sûr que cette ode enam­ourée et digne des années Rea­gan à l’imag­i­naire améri­cain soit des plus à pro­pos ni d’une grande orig­i­nal­ité.