Libre­ment adap­té des albums homonymes d’Arthur de Pins, Zom­bil­léni­um met en scène un con­trôleur des normes de sécu­rité haute­ment antipathique qui va devenir le héros révo­lu­tion­naire d’un parc d’attraction appar­tenant au Dia­ble, et dont les zom­bies sont les vedettes. Tous les employés ont comme point com­mun d’être des morts-vivants, con­damnés à tra­vailler pour l’éternité et can­ton­nés à l’enceinte du parc. Très atten­du par les fans de la bande dess­inée dotée d’un humour décalé et déca­pant, le pro­jet de Zom­bil­léni­um sem­blait promet­teur. L’adaptation sur grand écran aurait pu en effet offrir une réflex­ion plus poussée sur les thé­ma­tiques abor­dées sous forme métaphorique dans les albums telles que la souf­france pro­fes­sion­nelle et la lutte des class­es. Le résul­tat n’est pour­tant pas à la hau­teur de son ambi­tion car les réal­isa­teurs sem­blent s’être davan­tage tournés vers un con­cept de film jeune pub­lic à grand ren­fort de gags en pro­posant un scé­nario orig­i­nal délais­sant l’aspect déli­cieuse­ment irrévéren­cieux du matéri­au orig­i­nal. Les per­son­nages ont été édul­corés, devenant des stéréo­types de mon­stres ten­dant vers le par­o­dique : le per­son­nage prin­ci­pal se trans­forme peu à peu en un cousin de Hell­boy après une série de muta­tions exploitant le comique de répéti­tion, les vam­pires pré­ten­tieux scin­til­lent à la lumière du soleil ver­sion Twi­light, et les mon­stres du train fan­tôme se déhanchent sur la choré­gra­phie de Thriller.

Qui sont les monstres ?

Les action­naires humains venus sauver Zom­bil­léni­um de la fail­lite sont présen­tés comme encore plus mon­strueux que les véri­ta­bles créa­tures démo­ni­aques qui y vivent. Ils sont car­i­caturés en chefs d’entreprises cap­i­tal­istes ne cher­chant qu’à rem­plir leurs comptes en banque au prof­it des vis­i­teurs, et la vision pro­posée du fonc­tion­nement d’une entre­prise est ici très manichéenne. Le sous-texte social et poli­tique du film — lutte des class­es, syn­di­cats et acquis soci­aux, chô­mage… — n’est pour­tant pas dénué d’intérêt, mais le par­al­lèle entre les tra­vailleurs exploités du parc à thème et ceux de notre société n’est traité qu’en sur­face et relégué au sec­ond plan, pour que là encore le film reste acces­si­ble aux jeunes spec­ta­teurs. On notera tout de même la séquence de révolte, la plus réussie du film pour sa sym­bol­ique, son dynamisme et sa mise en scène : sor­tant de terre en cas­sant les pavés tan­dis que les vis­i­teurs du parc sont trop occupés à pren­dre des self­ies, les zom­bies et autres créa­tures traitées comme des sous-mon­stres par la nou­velle direc­tion déci­dent de repren­dre le pou­voir. Ils man­i­fes­tent alors con­tre le fonc­tion­nement dic­ta­to­r­i­al et font tomber la stat­ue du nou­veau directeur du parc à l’aide de cordes, en référence notam­ment aux célèbres images des chutes de stat­ues de Staline. Les réal­isa­teurs alter­nent ici dif­férentes échelles de plan et des con­tre-plongées sur la foule agitée, sai­sis­sant l’euphorie du cortège.

Du point de vue des per­son­nages et des décors, Arthur de Pins reste fidèle à l’univers visuel de sa bande dess­inée et réus­si sur ce point son pari. On peut cepen­dant s’interroger sur la per­ti­nence d’offrir un sub­lime générique 2D aux dessins très graphiques rap­pelant les affich­es de pro­pa­gande com­mu­niste en URSS, pour finale­ment faire le choix d’une ani­ma­tion 3D qui déçoit. Les per­son­nages sont liss­es et sans aspérités, et bien que le tra­vail sur les ombres soit notable, l’ensemble manque de corps et de pro­fondeur. Si l’esprit et l’humour des albums sont bien présents, son âme a mal­heureuse­ment été délais­sée au prof­it d’un diver­tisse­ment rock’n’roll pour séduire le grand pub­lic.