© Shellac Distribution
C’est l’amour

C’est l’amour

de Paul Vecchiali

  • C’est l’amour
  • France2015
  • Réalisation : Paul Vecchiali
  • Scénario : Paul Vecchiali
  • Image : Philippe Bottiglione
  • Décors : Maurice Hug
  • Son : Francis Bonfanti
  • Montage : Vincent Commaret
  • Musique : Catherine Vincent
  • Producteur(s) : Thomas Ordonneau, Paul Vecchiali
  • Production : Dialectik
  • Interprétation : Astrid Adverbe (Odile Raffali), Pascal Cervo (Daniel Tonnaire), Julien Lucq (Jean Raffali), Fred Karakozian (Albert Rédiguian), Manuel Lanzenberg (Manu), Mireille Roussel (Isabelle Vaufin), Simone Tassimot (Esther, la mère)...
  • Distributeur : Shellac Distribution
  • Date de sortie : 9 mars 2016
  • Durée : 1h37

C’est l’amour

de Paul Vecchiali

L’inconnue du Var


L’inconnue du Var

Un cou­ple se déchire, un autre se retrou­ve – avant de se sépar­er, vain­cu par les élans amoureux d’une incon­nue débous­solée. La trame nar­ra­tive du nou­veau Vec­chiali, d’une grande sim­plic­ité, sans enjeu dra­ma­tique fort, est pré­texte à une mise en scène lyrique out­rée, dis­so­nante et réjouis­sante. L’atypique auteur de Femmes femmes et de Corps à cœur, de retour sur la scène française depuis quelques années, reforme le duo d’acteurs des Nuits blanch­es sur la jetée, Astrid Adverbe et Pas­cal Cer­vo, pour un face à face d’un roman­tisme décalé.

Une barbe et des fleurs

Le film mar­que dès l’abord par son arti­fi­cial­ité dis­crète et assumée : au-delà du titre ensanglan­té, les envi­ron­nements et cos­tumes sont légère­ment trop col­orés, les motifs flo­raux se mul­ti­plient à l’écran (imprimés de robe, de rideaux, de papi­er peint, bou­quet en vase etc.)… Le monde présen­té, d’une grande banal­ité provin­ciale, est légère­ment gon­flé, comme plas­ti­fié. En plus de son incar­na­tion à l’image, le for­mal­isme de la mise en scène transparaît dans le choix des per­son­nages – un vitic­ul­teur arménien bar­bu à robe de cham­bre à fleurs, un compt­able mus­clé en chemise blanche, un acteur au foulard rouge et au veston en cuir et une femme au foy­er à la robe plis­sée. Le film ne ménage pas ses effets de dis­tan­ci­a­tion, que ce soit par le détourne­ment de ses mod­èles (L’Inconnu du lac de Guiraudie devenant La Coqueluche de la plage de Rigodon), par les débor­de­ments du décor («c’est très très bien décoré ici»), ou par les sit­u­a­tions elles-mêmes (une scène de danse absurde, en plein jour, sur un quai du vil­lage). Les dia­logues, sou­vent très drôles et sur le fil de la car­i­ca­ture, se trou­vent rehaussés par des séquences chan­tées très expres­sives.

Double je

Ce réel aug­men­té, ancré dans une petit bour­gade varoise, roy­aume de la Modus, du fax et de la poudre choco­latée, est por­teur d’un lyrisme feint qui se révèle d’une incroy­able fer­til­ité émo­tion­nelle. L’artificialité du dis­posi­tif et la pesan­teur du prosaïsme région­al tran­scen­dent la banal­ité de sit­u­a­tions et por­tent le regard sur la vérité des sen­ti­ments, qui, har­monieux ou con­flictuels, écla­tent libérés des con­ven­tions de représen­ta­tion. En son­nant volon­taire­ment faux, le film se débar­rasse ain­si d’une lour­deur sou­vent réd­hibitoire dans le genre du drame roman­tique. En par­ti­c­uli­er, deux très belles scènes de dia­logue se trou­vent revues (et rejouées) sous deux angles dif­férents, suc­ces­sive­ment cen­trées sur un seul per­son­nage et invi­tant à deux inter­pré­ta­tions, selon deux iden­ti­fi­ca­tions. Au-delà de l’émotion dégagée par les dis­cus­sions, ce dis­posi­tif invite directe­ment à ques­tion­ner les effets de récep­tion et d’interprétation pro­pres à cha­cun, et met en scène explicite­ment le rôle clef du point de vue du réal­isa­teur dans la trans­mis­sion d’un ressen­ti.

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