Pre­mier long métrage de deux jeunes Brésiliens, Beira-Mar se présente comme le voy­age ini­ti­a­tique de deux ado­les­cents : accom­pa­g­né de Tomaz, Martín va ren­con­tr­er la famille de son père qu’il n’a jamais vue ; les deux vont en prof­iter pour « se décou­vrir ». Mais si les per­son­nages, eux, sont cen­sés vivre les choses pour la « pre­mière fois » – comme nous l’indique le sous-titre –, il en est bien autrement pour tout ce que nous voyons et que nous avons, mal­heureuse­ment, déjà vu un bon nom­bre de fois.

Ados

La porte des clichés est enfon­cée à la pre­mière mau­vaise peau du pre­mier vis­age morne et inin­téres­sant du film. À par­tir de là, Beira-Mar va dérouler à tra­vers des séquences anodines l’enchainement habituel de l’ennui, du mal-être, de la perte/recherche de soi, de la sex­u­al­ité… Pour­tant les réal­isa­teurs essayent de dépass­er le déjà-vu en fil­mant de la manière la plus brute : pas de musique extra-diégé­tique, pas de sur­in­ter­pré­ta­tion, presque pas de scé­nario ; ils ten­tent de pren­dre les per­son­nages dans leur dénue­ment le plus absolu. Mais à vouloir tout dire à demi-mots, le film finit par être inaudi­ble, et les acteurs/personnages n’ont pas la présence suff­isante pour combler l’aridité que pose le film. Et comme les réal­isa­teurs ne veu­lent rien rajouter, ce qui se lit finale­ment sur leurs corps, ce sont tous les clichés évo­qués. Trop peu incar­nés, on finit par se dire que les per­son­nages eux-mêmes, au lieu de vivre, passent leur temps à se dire com­bi­en l’adolescence est un âge com­pliqué et indé­cis.

Le film pos­sède donc des tics auteuristes qui se con­fondent finale­ment avec un ama­teurisme assez peu engageant. Il abuse par exem­ple de la durée de ses plans, qui se trans­forme indé­ni­able­ment en un prob­lème de rythme général. Trop peu s’offre à une quel­conque con­tem­pla­tion dans cette mai­son froide et sans vie, dans l’image grisâtre et sur­ex­posée de la caméra, pour que la durée puisse exis­ter. C’est un grand prob­lème pour un film con­va­in­cu à ce point de la néces­sité d’un scé­nario min­i­mal­iste de ne pas par­venir à saisir autre chose de l’ordre du temps ou du moment présent.