Pro­duit pour pra­tique­ment rien, Le Chanteur est né de la ren­con­tre entre le réal­isa­teur Rémi Lange – qui s’é­tait fait remar­quer en 1997 avec Omelette, un joli film auto­bi­ographique – et Thomas Pol­ly, chanteur vague­ment excen­trique dont les com­po­si­tions siru­peuses n’au­raient rien à envi­er au réper­toire d’Hélène Ségara. Mais comme Jean-Daniel Pol­let était lui-même fan de l’interprète du douloureux “Il y a trop de gens qui t’ai­ment”, accor­dons au réal­isa­teur le béné­fice du doute : en suiv­ant la dif­fi­cile mon­tée à Paris d’un jeune orphe­lin se rêvant star de la chan­son, Rémi Lange a très cer­taine­ment voulu con­fron­ter les rêves d’un lunaire un peu inadap­té au monde à une société hyper nor­ma­tive et con­sumériste. Quand on sait avec quel culot le réal­isa­teur a autre­fois entre­pris de filmer une rela­tion char­nelle entre deux hommes dont l’un était amputé des qua­tre mem­bres (Devo­tee, 2008), on était effec­tive­ment en droit d’e­spér­er un film un peu punk sur les bor­ds, peu soucieux de la bien­séance et en-dehors de toute pos­ture. Mal­heureuse­ment, même si le manque cri­ant de moyens a vraisem­blable­ment lim­ité l’am­bi­tion du réal­isa­teur et de sa troupe d’ac­teurs, force est de con­stater que Le Chanteur est un échec sur toute la ligne : scé­nario pous­sif, mise en scène approx­i­ma­tive, mon­tage peu inspiré, direc­tion d’ac­teurs cat­a­strophique, bande-son inaudi­ble, etc. Ne reste qu’à louer le soupçon de courage ou la bonne dose d’in­con­science qui per­met aujour­d’hui au film de sor­tir dans quelques salles après un pas­sage à l’édi­tion 2014 du fes­ti­val LGBT Chéries-Chéris.

L’argument du deuil

Au com­mence­ment de ce drôle de film, survient le décès de la mère de Thomas. Recueil­li par sa tante “dont la vie n’est pas une comédie musi­cale” dans un morne petit bled de cam­pagne (ce qui donne lieu à un paquet de scènes car­i­cat­u­rales qu’on croirait extraites d’un sketch des Incon­nus), le jeune homme ne rêve que d’une chose : tout pla­quer pour ten­ter l’aven­ture musi­cale dans la grande ville, ce qui nous vau­dra une mémorable scène d’adieu sur le pas de la porte qui fait fi de toute vraisem­blance spa­tiale. Seule­ment, la cité parisi­enne tant idéal­isée amèn­era aus­si son lot de grandes décep­tions : obligé de se pros­tituer pour sur­vivre ou de cohab­iter avec une SDF alcoolique sous un pont en bord de Seine, Thomas va devoir se bat­tre pour impos­er son style et ses textes au sein d’une indus­trie musi­cale qui a décidé de ne pas le pren­dre au sérieux ou alors d’abuser physique­ment de lui. Si cette recon­ver­sion sem­ble au départ motivée par la dis­pari­tion d’un être aimé, la mère du pro­tag­o­niste ne reste pour­tant qu’un fan­tôme dont l’évo­ca­tion ne dépasse jamais le pré­texte scé­nar­is­tique, la faute à une mise en scène qui a exces­sive­ment misé sur son per­son­nage prin­ci­pal dont l’é­go­cen­trisme bor­der­line finit par tout scléros­er. Le réal­isa­teur a eu tort de croire qu’en fil­mant quelques “vraies” gueules cassées, cela con­fér­erait à son pro­jet un incon­testable par­fum d’au­then­tic­ité. Si on se doute qu’il n’est pas facile de pro­duire un long-métrage entier avec si peu de moyens, on peut dif­fi­cile­ment se laiss­er séduire par un résul­tat aus­si ban­cal et mal­adroit.