De toute évi­dence économe en moyens, House of Time s’avère une série B fan­tas­tique où le fan­tas­tique n’est pas une don­née matéri­al­isée, mais une hypothèse sug­gérée par l’ab­sence et qui va le hanter tout du long. De prime abord, le film ne paie pas de mine, avec sa direc­tion artis­tique sem­blant inspirée d’une recon­sti­tu­tion his­torique télévi­suelle, sa direc­tion d’ac­teurs foutraque (notam­ment ce per­son­nage de châte­lain arbo­rant en per­ma­nence un air de cocaïno­mane hal­lu­ciné) et sa réal­i­sa­tion tout juste fonc­tion­nelle. Or, au lieu d’ex­pédi­er le film dans l’en­fer déjà surpe­u­plé des films de genre français ratés, ces détails un poil aber­rants con­tribuent à l’é­trangeté qu’il cul­tive sci­em­ment. Car House of Time, plus mod­este que son con­tact avec un reg­istre a pri­ori ambitieux ne pour­rait le laiss­er penser, ne cherche finale­ment que cela : emmen­er le spec­ta­teur sur un ter­ri­toire de doute per­ma­nent où il puisse jouir de ne pas savoir sur quel pied danser.

Il s’ag­it, dès les prémiss­es, de pos­er les bases d’une indé­ci­sion entre imag­i­naire et réal­ité. Le sus­men­tion­né châte­lain a invité à son manoir quelques-unes de ses con­nais­sances pour une expéri­ence pour le moins dif­fi­cile à appréhen­der : un voy­age dans le passé. Une con­di­tion : ne porter stricte­ment que des effets con­formes à l’époque visée, sous le pré­texte de ne pas se faire remar­quer une fois “là-bas”. Pour faciliter l’en­trée dans “l’autre monde”, il faut pré­ten­dre en faire par­tie : ain­si, d’emblée, l’hy­pothèse fan­tas­tique se dou­ble-t-elle d’une dimen­sion de jeu de rôle grandeur nature, de faux-sem­blants. Et l’é­conomie de moyens du film facilite la porosité entre les deux inter­pré­ta­tions. Notam­ment, lorsque le maître de céré­monie (maître du jeu ?) fait mine de déclencher le change­ment d’époque, un étrange appareil à la main, c’est en vain que le spec­ta­teur guette le moin­dre effet ciné­matographique, lumineux, sonore ou autre qui lui indi­querait le phénomène sur­na­turel : sans le moin­dre autre sig­nal que la déc­la­ra­tion du pseu­do-chercheur, le mir­a­cle est cen­sé avoir eu lieu. Retir­er ain­si les balis­es a pri­ori ras­sur­antes de la mise en scène du sur­na­turel s’avère une manière sim­ple, sèche et effi­cace d’in­spir­er un doute de longue durée, d’au­tant plus que le film prend par la suite un malin plaisir à le pro­longer.

Le petit frisson

Un peu plus loin, les per­son­nages en ren­con­trent un autre appar­tenant sup­posé­ment à cette époque passée et qui se trou­ve lui-même… comé­di­en. Une trou­vaille scé­nar­is­tique qui fonc­tionne mieux comme clin d’œil mali­cieux que comme mise en abyme vis-à-vis de l’am­biva­lence pri­mor­diale ini­tiée par le film, dont il résume bien la portée lim­itée mais aus­si le goût du jeu con­stant et à la longue fasci­nant. Chaque scène réin­stau­re avec une cer­taine per­ver­sité l’am­biva­lence entre l’hy­pothèse d’une recon­sti­tu­tion et celle de man­i­fes­ta­tions de l’im­pos­si­ble, et cela fonc­tionne avec une telle sim­plic­ité et une telle absence de pré­ten­tion que même les erre­ments de la mise en œuvre de ce petit pro­gramme (comme la lour­deur de ce per­son­nage arché­typ­al qui s’en­tête à railler bruyam­ment ce qu’il voit comme une métic­uleuse farce) finis­sent par jouer pour le film en offrant un spec­ta­cle de sim­u­la­tion brin­que­bal­ante. Si toute ques­tion méta­physique pou­vant découler de l’hy­pothé­tique voy­age dans le temps est — sans sur­prise — à peu près ignorée en dehors de quelques clichés d’usage ânon­nés (peut-on mod­i­fi­er l’avenir en revoy­ant les choix du passé ? bof), House of Time n’en cul­mine pas moins en une fin assez déli­cieuse où pointe même un vrai petit fris­son. Soit un hap­py-end de sur­face où, par petites touch­es dans quelques plans puis hors champ, sous des dehors souri­ants et même amusés, il nous laisse nous deman­der (sans jamais franchir la lim­ite de l’ex­plicite) si les per­son­nages n’au­raient pas com­mis une aber­ra­tion en ramenant de leur expéri­ence quelque chose ou quelqu’un qui ne devrait pas être là. Voilà un film pas for­cé­ment inou­bli­able mais qui, avec un min­i­mum d’idées, s’of­fre et nous offre un sym­pa­thique petit voy­age dans l’in­cer­ti­tude.