Sou­vent au ciné­ma, quand la fic­tion s’ouvre avec la sor­tie de prison d’un per­son­nage, elle se lance comme une course folle vers sa réin­ser­tion. Parce qu’elle est l’occasion d’une super­po­si­tion de deux mon­des incom­pat­i­bles, la péri­ode de pro­ba­tion est majori­taire­ment l’objet de ces intrigues pavées de bonnes inten­tions, mais qui finis­sent sou­vent en impasse, ou droit dans le mur.

Ertan ou la des­tinée (Risse im Beton en ver­sion orig­i­nale) n’est à ce titre pas en reste. Ouvert à l’occasion de la sor­tie de prison de son pro­tag­o­niste, le film mon­tre ain­si un homme qui, au prix de dix ans coupé du monde en cel­lule, cherche enfin à se réin­sér­er. Bien évidem­ment bêtis­es et rancœurs semées sur son pas­sage vont men­er le repen­ti à sa perte, de façon plus ou moins défini­tive. Comme sou­vent, sol­dant par là le compte d’un monde cor­rompu et sans espoir, les scé­nar­istes font venir cette chute de ce que le per­son­nage a de plus cher, sig­nifi­ant du même coup son inca­pac­ité à s’accorder au monde tel qu’il est.

Les fissures de la colère

Si Ertan est cohérent dans la pro­fonde noirceur du monde qu’il dépeint, il n’épargne per­son­ne, du jeune écervelé au caïd intran­sigeant et vio­lent, en pas­sant bien sûr par les femmes dociles. On regrette cela dit que la dynamique d’inévitable perte lancée dès le départ suive une direc­tion aus­si implaca­ble, trop linéaire et uni­voque sans doute. Seule ambiguïté et point aveu­gle du film, la nature de la rela­tion qui unit Ertan et Mikail est aus­si la seule alter­na­tive au monde que con­naît le pro­tag­o­niste. Ce relatif équili­bre per­mis par l’incertitude qui plane dans ce monde trop évidem­ment mono­chrome est mal­heureuse­ment ren­ver­sé par le dénoue­ment de l’intrigue, qui laisse dans une pirou­ette scé­nar­is­tique les his­toires de dettes et de meurtre en sus­pens, pour se con­cen­tr­er unique­ment sur la réso­lu­tion émo­tion­nelle du pro­pos (Ertan recon­nu et nom­mé par Mikail). La promesse de douceur qui réside dans le secret de cette rela­tion est elle-même ce qui mèn­era les per­son­nages droits dans le mur : ce sont les liens du sang qui les con­damnent. Tout le réc­it ploie, à la façon de la tragédie grecque, sous la pesan­teur des des­tins famil­i­aux, dans un monde d’hommes et de femmes humil­iés, sin­istre et sans espoir, qui suit une dynamique de con­damna­tion seule­ment lit­térale, trop évi­dente.