Après un pas­sage par la fic­tion inté­grale (Comme un lion) où il avait accusé de sérieuses lim­ites, Samuel Col­lardey revient avec Tem­pête à un principe sur lequel il avait basé la réus­site de son pre­mier long métrage L’Ap­pren­ti (2008). Soit la direc­tion d’in­ter­prètes prin­ci­paux non pro­fes­sion­nels rejouant leur pro­pre rôle suiv­ant un scé­nario aus­si proche que pos­si­ble de leur vie réelle : ici Dominique Leborne, son fils Mat­teo et sa fille adop­tive Maïlys. On note aus­si, cette fois, la présence d’ac­teurs pro­fes­sion­nels, notam­ment une appari­tion de Patrick D’As­sumçao devenu fam­i­li­er avec L’In­con­nu du lac d’Alain Guiraudie. Bonne sur­prise : en renouant avec ce principe de source réelle, Col­lardey retrou­ve égale­ment l’acuité de regard qu’on a con­nue à ses débuts.

Les prémices scé­nar­is­tiques sont aus­si sim­ples, voire proches des clichés d’un cer­tain genre de fic­tion, que dans L’Ap­pren­ti. Dominique, marin-pêcheur “dans le sang”, se voit som­mé de met­tre de l’or­dre dans sa vie s’il veut con­serv­er la garde de ses enfants que son ex-com­pagne lui dis­pute. Pas facile, bien sûr, quand l’ar­gent manque pour ce grand chantier (il sus­pend ses sor­ties en mer, prend des cours pour devenir cap­i­taine, retape sa mai­son), et quand même les jeunes gens se met­tent à pren­dre leurs dis­tances avec ce père trop sou­vent absent, notam­ment Maïlys, enceinte à 16 ans d’un foe­tus non viable. Comme aux orig­ines, Tem­pête fait mine d’emprunter les rails d’un genre bal­isé mais en déjoue dis­crète­ment les attentes, tirant des sit­u­a­tions et des acteurs-per­son­nages un effet de réel qui va à l’en­con­tre des lieux com­muns de la dra­maturgie. Dominique se bat, mais avant tout il endure, retient ses éclats même quand la colère sourd en lui. Ne pas chercher de grands éclats dra­ma­tiques dans son jeu (ni dans ceux de ces parte­naires, d’ailleurs). Quand on lui oppose un refus (comme dans cette scène très réussie de face-à-face avec les arma­teurs), il se con­tente de pren­dre son man­teau et de sor­tir chercher un espoir ailleurs. Les efforts, aux­quels le spec­ta­teur adhère a pri­ori, ne seront pas tou­jours récom­pen­sés, ni même n’ap­pel­lent for­cé­ment la sym­pa­thie de tous, eu égard aux sac­ri­fices qu’ils entraî­nent. Dominique endure, mais les échecs minent néan­moins (le repli sur soi guette). Les objec­tifs changent, à moins que ce ne soit les vrais qui se révè­lent : on admet que la lutte n’est pas admin­is­tra­tive mais per­son­nelle.

Proximité respectueuse

Il y a à l’œu­vre une justesse d’écri­t­ure et de direc­tion d’ac­teur, mais aus­si une hon­nêteté du regard de la caméra qui traite tou­jours ses per­son­nages avec le respect dû à la part de réel qu’ils sont. La part doc­u­men­taire affleure même par­ti­c­ulière­ment quand cer­tains per­son­nages filmés par­lent, et que leur parole fait l’ef­fet d’un témoignage sur leur exis­tence (à l’é­cole par exem­ple, où Dominique explique son méti­er). Une fic­tion respec­tant son matéri­au réel : c’est la plus-val­ue de Tem­pête et de L’Ap­pren­ti, mais aus­si leur lim­ite. Col­lardey, con­fi­ant dans la matière ciné­matographique inhérente au réel qu’il exploite, restreint à des­sein sa marge de manœu­vre pour en créer. Sa mise en scène, cher­chant une prox­im­ité respectable avec ses acteurs, reste d’une cer­taine façon à la remorque de son matéri­au, si bien que son ciné­ma n’at­teint pas la force qu’on pour­rait atten­dre de ses sujets, de sa méth­ode. Il n’en demeure pas moins que ses capac­ités d’é­coute, de respect, de mise en évi­dence de ce qui échappe à la dra­maturgie la plus bal­isée, sont des plus bien­v­enues.