Pour son pre­mier long-métrage, Marie Bel­homme lim­ite la prise de risques en met­tant en scène un per­son­nage mille fois croisé dans le ciné­ma français et améri­cain depuis le suc­cès plané­taire de Brid­get Jones : à savoir la trente­naire char­mante mais mal­adroite qui rêve au prince char­mant et emploie des moyens inédits pour le trou­ver. Déplacez l’action en Ile-et-Vilaine, con­fiez le rôle à la pétil­lante Isabelle Car­ré, ajoutez un soupçon de L’Amour à tout prix de Jon Turteltaub (pour la vie sen­ti­men­tale par procu­ra­tion) et de Par­le avec elle de Pedro Almod­ovar (pour le goût des per­son­nes dans le coma) et vous obtien­drez Les Chais­es musi­cales, un film qui n’ose jamais se ren­dre désagréable au risque d’être un peu dépourvu de saveur et d’une vraie iden­tité. Pour­tant, force est de recon­naître qu’il y a une volon­té louable de la part de sa réal­isatrice de faire totale­ment corps avec le per­son­nage, au point de nous ren­dre sol­idaire de ses mésaven­tures et petites humil­i­a­tions, ce qui a l’avantage non nég­lige­able de dis­tiller un dis­cours plutôt bien­veil­lant mais sans pour autant être don­neur de leçons sur l’estime de soi. Pour une fois qu’un met­teur en scène ne se gar­garise pas du manque de hau­teur de ses per­son­nages dans l’objectif de pren­dre l’ascendant sur eux, on ne peut que louer la posi­tion de Marie Bel­homme de ne pas suc­comber aux facil­ités du cynisme ambiant et de préfér­er le charme des petits détails aux démon­stra­tions de force. Dans le rôle prin­ci­pal, Isabelle Car­ré offre une presta­tion légère et plutôt enlevée, prenant un plaisir man­i­feste à jouer les trente­naires sur le tard pas encore tout à fait prêts à ren­tr­er dans le monde adulte. Dans un pre­mier temps, on serait même ten­té d’y voir une timide insoumis­sion aux règles sociales imposées aux femmes approchant la quar­an­taine (devient-on une femme accom­plie à par­tir du moment où on se marie et qu’on a des enfants ?).

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Mais ce serait mal­heureuse­ment faire grand cas de ce qui reste finale­ment une comédie ter­ri­ble­ment inof­fen­sive, loin du bad­i­nage amoureux et lib­ertin d’un Emmanuel Mouret qui s’amuse des sché­mas amoureux pour mieux remet­tre en ques­tion les con­ven­tions. Ici, même si le scé­nario for­mule la promesse plutôt intéres­sante du can­ni­bal­isme d’un per­son­nage par un autre (après avoir causé l’accident d’un homme qu’elle ne con­nais­sait pas, l’héroïne s’empare pro­gres­sive­ment de ce qui le car­ac­téri­sait sociale­ment, à savoir son tra­vail, son apparte­ment et même son fils), Les Chais­es musi­cales trahit sa grande paresse en faisant de sa réso­lu­tion une réponse lit­térale à l’enjeu de départ. Ici, c’est l’effort et une cer­taine forme d’abnégation qui sont récom­pen­sés, au risque d’annihiler pro­gres­sive­ment les soupçons de fan­taisie qui pou­vaient par­courir le film dans sa pre­mière par­tie. Mais parce que le pro­gramme du film manque finale­ment d’une vraie sub­stance ciné­matographique (tous les sec­onds rôles sont bâclés et lim­ités à leur fonc­tion pure­ment util­i­tariste, la palme revenant à Car­men Mau­ra, décidé­ment peu gâtée par le ciné­ma français), on en vient à faire le compte des invraisem­blances et des mal­adress­es d’écriture qui pla­cent le pre­mier film de Marie Bel­homme bien en dessous des mod­èles du genre. À l’image de son per­son­nage prin­ci­pal, Les Chais­es musi­cales ressem­ble à ces indi­vidus qui ne font aucune vague dans l’espoir d’être aimés de tout le monde et qui finis­sent par lass­er à force de ne pou­voir exis­ter que dans le regard bien­veil­lant de l’autre.