Depuis 2012 de Roland Emmerich, on attendait la nou­velle cat­a­stro­phe naturelle qui sec­ouerait les États-Unis et ferait vol­er en éclats les fameuses let­tres de la colline d’Hollywood. C’est chose faite avec San Andreas, réc­it d’un séisme sur­puis­sant sur les côtes cal­i­forni­ennes qui suit le chemin de croix du volon­tariste The Rock AKA Dwayne John­son, pater famil­ias bien décidé à sauver de ce cat­a­clysme son ex-femme et sa fille.

Sauveteur émérite offi­ciant à Los Ange­les, Ray n’a pas autant de suc­cès dans sa vie per­son­nelle. Après la mort acci­den­telle d’un de ses enfants et le naufrage de son mariage avec Emma (Car­la Gug­i­no), seule sa rela­tion avec sa fille Blake (Alexan­dra Dad­dario) compte. Mais un vio­lent trem­ble­ment de terre dans le Neva­da l’oblige à annuler la virée prévue avec celle-ci, oblig­eant la jeune fille à voy­ager avec Daniel, le nou­veau com­pagnon de sa mère. Tan­dis que Blake part à San Fran­cis­co, Emma s’apprête à ren­con­tr­er sa future belle-sœur (Kylie Minogue), mais les plans de tout ce petit monde tombent à l’eau quand le tant red­outé “Big One” frappe la Cal­i­fornie.

California dreamin’…

À la lec­ture des quelques lignes qui précè­dent, on aura com­pris que la nar­ra­tion famil­iale tient lieu ici d’alibi scé­nar­is­tique, tant les liens qui unis­sent les per­son­nages sem­blent arché­ty­paux, voire car­i­cat­u­raux. Le film ambi­tionne molle­ment de recon­stituer la famille éparpil­lée entre Los Ange­les et San Fran­cis­co sans ren­dre tant soit peu réal­iste le gigan­tesque trau­ma­tisme auquel les divers mem­bres sont con­fron­tés. Cette absence d’écriture qui déréalise les enjeux psy­chologiques fait étrange­ment écho au défer­lement d’effets spé­ci­aux. Alors même qu’on ne croit pas une sec­onde à l’amour tran­si d’un père pour sa fille, on doute de la vraisem­blance du spec­ta­cle destruc­teur auquel on est con­vié. Mul­ti­pli­ant les dégringo­lades d’immeubles à la manière d’un domi­no géant, s’offrant même un tsuna­mi dan­tesque, San Andreas joue la surenchère jusqu’à l’outrance. Le trop est l’ennemi du bien et les nom­breuses séquences de sec­ouss­es en sont un exem­ple fla­grant (sans par­ler de la 3D qui pour­rait bien faire saign­er quelques yeux). Seules les scènes aéri­ennes qui mon­trent un tapis urbain ond­uler au rythme des pul­sa­tions tel­luriques tirent leur épin­gle du jeu. Là, en sécu­rité dans les airs, l’œil n’est plus soumis au fra­cas visuel intem­pes­tif ter­restre mais on est au con­traire cap­té par cet étrange mou­ve­ment oscil­la­toire, incar­na­tion par­faite de la mécanique des plaques.

Film catastrophique

Mal­heureuse­ment Brad Pey­ton, pour qui San Andreas représente la pre­mière réal­i­sa­tion d’envergure, préfère écrabouiller son monde au ras des pâquerettes, ensevelis­sant les spec­ta­teurs sous des tonnes d’explosions et d’effondrements et par­venant à con­cur­rencer le pour­tant extrav­a­gant Emmerich au jeu de la destruc­tion urbaine. Mal­gré la plas­tique d’Alexan­dra Dad­dario (qui n’a plus de secret depuis son rôle dans la pre­mière sai­son de True Detec­tive), la viril­ité sans faille de Dwayne John­son (dès la scène d’ouverture, réussie au demeu­rant) et le joli minois de Car­la Gug­i­no qui se débat avec une par­ti­tion à la lim­ite du ridicule, San Andreas s’enlise. Si les films cat­a­stro­phe ne bril­lent que rarement par l’intelligence de leurs scé­narii, on aime avoir peur de leurs visions cauchemardesques (érup­tion vol­canique incon­trôlable, grat­te-ciel en feu, tor­nade grandil­o­quente…). San Andreas parvient à ne con­tenter aucune de ces attentes, adjoignant à une nar­ra­tion nanardesque une réal­i­sa­tion hoque­teuse qui éructe bruyam­ment à chaque plan un cat­a­stro­phy-porn des plus calami­teux.