Quand le sec­ond s’in­ti­t­ule Arnaud fait son 2e film, on est un peu gêné aux entour­nures de démar­rer un arti­cle quand on n’a pas vu le pre­mier, Clara et moi (2004). Mais on s’y risque quand même. Au coeur de la quar­an­taine, la vie d’Ar­naud est comme con­stipée, l’ini­tiale con­fes­sion regard-caméra le for­mule, un recadrage le dévoile : le per­son­nage est lit­térale­ment le cul sur la lunette des toi­lettes. La con­sti­pa­tion atteint dif­férents domaines de son exis­tence : une vie pro­fes­sion­nelle stag­nante et les ennuis d’ar­gent asso­ciés ; la libido en berne du cou­ple avec Chloé, avec qui il ne parvient pas à avoir un enfant (et le temps presse…) ; une maman à l’hôpi­tal, mourante. Il est cer­tain que le menu a de quoi encom­br­er l’ap­pareil diges­tif.

Arnaud Viard tra­vaille ain­si une veine auto­bi­ographique en se met­tant en scène à l’écran, dans une fic­tion à la ren­con­tre d’une vie imag­i­naire et de celle qu’il a réelle­ment tra­ver­sée avant de réalis­er ce deux­ième film. Ceci dans la douleur puisqu’il a fait dans l’al­i­men­taire, devenant – pour de vrai – le héros d’une de ces pastilles d’access prime time, qui lui vau­dra d’être recon­nu dans la rue mais pas dans le méti­er. Il donne aus­si des cours de théâtre, ce qui le con­duit à taquin­er l’é­tu­di­ante afin de ras­sur­er son pou­voir de séduc­tion et sa libido. S’il y a un entrain plutôt sym­pa­thique, Arnaud fait son 2e film sem­ble sans cesse jus­ti­fi­er sa légitim­ité – ciné­matographique, artis­tique – tout en ne par­venant pas à se défaire d’une nar­ra­tion en sketchs doux-amers autour de la dif­fi­culté d’être du mâle occi­den­tal urbain sym­pa et sen­si­ble.

Cache-misère

Ce qui pèse le plus sur Arnaud fait son 2e film réside dans son inca­pac­ité à se ren­dre insta­ble, trou­ble et trou­blant, l’ac­teur-cinéaste refuse de met­tre en crise quoi que ce soit, ni son film, ni lui-même. Ce dédou­ble­ment du cinéaste en acteur de sa vie ren­voie à tout un pan de la fil­mo­gra­phie de Nan­ni Moret­ti, de Je suis un autar­cique (1976) à Aprile (1993). Une fois for­mulée, la com­para­i­son doit s’ar­rêter là : aucune trace ici de la morgue folle, méchante et cor­ro­sive du cinéaste ital­ien ; il se peut bien qu’Ar­naud Viard soit un gars bien, on ne lui reprochera pas si c’est le cas mais il se pour­rait bien que ce soit cela qui rend son film si pro­pre et lisse, tombant des yeux rapi­de­ment mal­gré sa rel­a­tive brièveté (1h20), et en fin de compte irri­tant par sa gen­til­lesse siru­peuse.

Arnaud Viard met en scène son par­cours du com­bat­tant pro­fes­sion­nel pour pro­duire ce deux­ième film, c’est même son fil con­duc­teur, avec à l’ar­rivée la métaphore extrême­ment orig­i­nale de l’ac­couche­ment – il s’ag­it sans aucun doute de la scène la plus calami­teuse de tout le film. Il y a chez lui le fatal­isme infan­tile de celui qui a l’or­eille mais pas les faveurs des pro­duc­teurs. Quand à la lec­ture du dossier de presse on apprend que le cinéaste est très con­va­in­cu d’avoir fait un « film punk » en rassem­blant un bud­get de 500 000 euros, en offi­ciant avec une équipe réduite, on reste quelque peu inter­dit. Sait-il ce qu’est un film fauché de nos jours? Et la créa­tiv­ité que cela peut génér­er chez les anciens (Jean-Luc Godard, Alain Cav­a­lier) ou les jeunes (Un jeune poète de Damien Maniv­el, qui sor­ti­ra fin avril, on y revien­dra). Quoi qu’il en soit, il est cer­tain qu’il n’a pas trans­for­mé cette « pau­vreté » en une recherche sin­gulière et risquée, mais en un film plain­tif et nor­mé, aspi­rant plus au statut social du créa­teur qu’à son impérieuse néces­sité.