Dave est un délin­quant qui vit de trafics de drogue et de toutes sortes de com­bines un peu louch­es dans l’East End lon­donien. Ancien boxeur, nerveux et ath­lé­tique, le jeune homme est néan­moins un peu dépassé par les lour­des respon­s­abil­ités que son mafieux d’on­cle Jim­my lui assigne. Très porté sur la bière et la con­som­ma­tion de cocaïne, le vis­age fatigué, mal­ha­bile avec les femmes, Dave sem­ble avoir pour seul ami – et donc pour unique repère affec­tif – Tariq, un jeune Pak­istanais un peu naïf qui espère s’af­franchir de son milieu social en devenant un célèbre rap­per. Inca­pable de pro­téger ce dernier des risques aux­quels l’ex­posent ses opéra­tions dou­teuses, Dave doit endoss­er la respon­s­abil­ité de son exé­cu­tion sor­dide par des nar­co-trafi­quants peu tolérants. Rongé par la cul­pa­bil­ité, le jeune homme plonge alors dans un dilemme moral qu’il avait tou­jours tenu à l’é­cart de ses activ­ités illé­gales. Pris au piège d’un cer­tain déter­min­isme social (com­ment pour­rait-il devenir quelqu’un d’autre ?), il sem­ble trou­ver une issue rédemptrice à tra­vers l’is­lam.

Chaos intérieur

Venu du mon­tage, Andrew Hulme annonce la couleur dès les pre­mières scènes du film : mul­ti­pli­ca­tion des inserts pour fig­ur­er le trou­ble per­son­nel, rac­cords heurtés (jusqu’à abuser du jump-cut) pour traduire la vio­lence du milieu, déstruc­tura­tion du réc­it quitte à brouiller les repères, etc. Tous les ingré­di­ents sont savam­ment réu­nis pour don­ner au film une iden­tité se voulant orig­i­nale alors qu’il emprunte surtout aux codes rebat­tus du polar social qui ne choisit jamais entre une esthé­tique doc­u­men­taire et une styl­i­sa­tion exces­sive. On pense par exem­ple à l’emploi abusif d’une musique jazzy extradiégé­tique dès que la ten­sion monte pour imprégn­er le film d’une ambiance ouatée. Un traite­ment plus sec, dégrais­sé de ces inutiles fior­i­t­ures for­mal­istes, aurait très cer­taine­ment prof­ité au film en l’emmenant sur un traite­ment plus proche d’une série comme The Wire. Mais ne creu­sant pas vrai­ment la dimen­sion sociale de son pro­pos (le film s’ou­vre pour­tant sur une mise en oppo­si­tion de deux class­es sociales séparées par la vit­rine d’un salon de thé), le réal­isa­teur priv­ilégie plutôt l’emphase fiévreuse avec son per­son­nage prin­ci­pal.

Un homme et un Dieu

Privé de per­spec­tives, Dave doit para­doxale­ment rester le moteur du réc­it puisqu’il est notre seul point d’an­crage. Con­scient du con­trat que lui impose ce par­ti-pris scé­nar­is­tique, Andrew Hulme décide d’in­jecter une dose de mys­ti­cisme dans cette quête de rédemp­tion en faisant de l’is­lam une réponse à ce besoin dés­espéré d’élé­va­tion. Au regard de la mon­tée de l’is­lam­o­pho­bie, le pro­pos pour­rait paraître plutôt culot­té, d’au­tant plus que le réal­isa­teur s’en tire à bon compte en évi­tant toute car­i­ca­ture ou sim­pli­fi­ca­tion de la doc­trine religieuse. Mais là encore, le film trahit rapi­de­ment ses inten­tions en ter­mes d’ef­fets, la quête d’une image forte s’ef­fec­tu­ant une fois de plus au détri­ment d’une élab­o­ra­tion du dis­cours et des idées. On devine d’ailleurs que la scène de con­clu­sion – une danse hyp­no­tique qui prend des allures de trip hal­lu­ciné – était déjà iden­ti­fiée en amont du pro­jet comme le point de chute du par­cours de Dave. Seule­ment, au lieu de lui apporter l’am­pleur dra­ma­tique atten­due, cette scène démon­tre que Snow in Par­adise fait preuve d’une spon­tanéité pré­fab­riquée.