Repren­dre les qua­torze sta­tions du chemin de croix pour y cru­ci­fi­er une adorable ado­les­cente parce qu’elle est issue d’une famille de catholiques inté­gristes et ain­si mon­tr­er que, oui, la reli­gion tue, voilà peu ou prou le pro­jet par­ti­c­ulière­ment rudi­men­taire de Kreuzweg (chemin de croix). Troisième long-métrage du jeune réal­isa­teur alle­mand Diet­rich Brügge­mann dont la fil­mo­gra­phie est encore inédite en France, ce cal­vaire frappe non seule­ment par son mes­sage glob­al d’une bêtise crasse, mais aus­si par le fait qu’il fait mine de le jus­ti­fi­er en enfonçant chaque fois un peu plus son per­son­nage prin­ci­pal (inter­prété par la for­mi­da­ble jeune actrice Lea van Ack­en, seule véri­ta­ble éclair­cie du film).

Les derniers jours d’une condamnée à mort

Com­plète­ment corseté dans une esthé­tique rapi­de­ment aus­si banale qu’ex­as­pérante – qua­torze plans fix­es, à trois petites excep­tions près –, ce sup­plice pèche essen­tielle­ment par son for­mal­isme cauteleux, feignant de laiss­er au spec­ta­teur la chance de con­tem­pler de lui-même les étapes du lent sui­cide d’une jeune fille quand, au fond, il les martèle avec un bour­rin d’en­nui et de clichés. Pour les pon­cifs sur les rela­tions au sein d’une famille refer­mée sur son inté­grisme (mère cas­tra­trice et hys­térique, père docile) et les médiocres dis­cours anti-mod­ernistes du prêtre, on accordera au film le fait qu’il est peu évi­dent de ne pas som­br­er dans la car­i­ca­ture quand sa source d’in­spi­ra­tion est déjà elle-même si car­i­cat­u­rale dans ses pris­es de posi­tions sys­té­ma­tisées ; mais, le vrai prob­lème avec Kreuzweg, c’est qu’à aucun moment il ne sem­ble vouloir dévi­er de sa tra­jec­toire sor­dide, ne serait-ce que pour aller reni­fler ce qui existe un peu au-delà de ses éma­na­tions mis­an­thropes.

Au-dessus de ses spec­ta­teurs dans sa manière de ne jamais leur lâch­er la main, les traî­nant jusqu’au spec­ta­cle d’une des morts les plus idiotes que le ciné­ma ait jamais pu pro­pos­er (c’est le prêtre qui achève Maria en lui admin­is­trant l’ex­trême-onc­tion – alors que, bon, on avait déjà bien com­pris que l’in­té­grisme pou­vait être mor­tifère), le film prend égale­ment de haut ses per­son­nages en leur imposant cette danse mor­bide dans un cadre qui finit par ne ressem­bler qu’à une vit­re d’aquar­i­um. La pro­gres­sion bal­isée du réc­it n’aide pas beau­coup non plus. Tout sent un peu la fausse bonne idée soi-dis­ant rad­i­cale, quant il aurait fal­lu com­mencer par faire preuve d’un min­i­mum d’empathie pour sa jeune pro­tag­o­niste plutôt que de la con­damn­er à mort dès les pre­mières min­utes.