White Bird

White Bird

de Gregg Araki

  • White Bird
  • (White Bird in a Blizzard)
  • États-Unis2014
  • Réalisation : Gregg Araki
  • Scénario : Gregg Araki
  • d'après : le roman Un oiseau blanc dans le blizzard
  • de : Laura Kasischke
  • Image : Sandra Valde-Hansen
  • Décors : Todd Fjelsted
  • Costumes : Mairi Chisholm
  • Montage : Gregg Araki
  • Musique : Robin Guthrie, Harold Budd
  • Producteur(s) : Pascal Caucheteux, Sébastien K. Lemercier, Alix Madigan, Pavlina Hatoupis, Gregg Araki
  • Production : Why Not Productions, Desperate Pictures
  • Interprétation : Shailene Woodley (Kat Connors), Eva Green (Eve Connors), Christopher Meloni (Brock Connors), Shiloh Fernandez (Phil), Gabourey Sidibe (Beth), Thomas Jane (Insp. Scieziesciez), Dale Dickey (Mme Hillman), Mark Indelicato (Mickey), Sheryl Lee (May), Angela Bassett (Dr Thaler)...
  • Distributeur : Bac Films
  • Date de sortie : 15 octobre 2014
  • Durée : 1h31

White Bird

de Gregg Araki

Heart in a Cage


Heart in a Cage

Le blizzard après la détonation

Si Kaboom avait mar­qué un regain d’intérêt de Gregg Ara­ki pour la Doom Gen­er­a­tion, sex­uelle et explo­sive, on pour­rait facile­ment croire que le cinéaste aurait suc­com­bé, avec cette nou­velle réal­i­sa­tion, à la ten­ta­tion d’une cer­taine forme d’assagissement. La rup­ture entre les deux films appa­raît d’autant plus évi­dente que White Bird affiche fière­ment une esthé­tique plus sobre, plus éloignée de l’univers pop et édul­coré qui avait ani­mé les aven­tures de Smith et sa bande. Pour­tant Kat n’en garde pas moins une cer­taine ressem­blance avec ses com­pars­es de Kaboom ; non pas dans l’usage des stupé­fi­ants, mais dans la recherche d’un indi­vidu. Sa mère dis­paraît subite­ment sans laiss­er de traces, et sans provo­quer de boule­verse­ment chez son père ni en elle-même. La dis­pari­tion appa­raît d’autant plus énig­ma­tique qu’elle inter­vient à un moment où l’adolescente prend con­science de sa sex­u­al­ité, et expéri­mente ses pre­miers émois amoureux.

En adap­tant le roman de Lau­ra Kasis­chke, le cinéaste inscrit son intrigue dans le décor calme et pavil­lon­naire de la mid­dle class améri­caine et reste éloigné, en apparence, des tur­bu­lences étu­di­antes de ses précé­dents films. Seule­ment, ce décor tran­quille devient moins pour la jeune femme le ter­rain d’une enquête poli­cière que celui d’une réelle expéri­men­ta­tion. Kat pour­suit en effet une rou­tine teenage totale­ment ordi­naire entre les soirées pyja­mas, ses dis­ques de rock et l’exploration de ses pro­pres désirs, alors qu’elle se retrou­ve bru­tale­ment coupée de son mod­èle mater­nel désir­ant et désiré. La jeune Kat tente alors com­pos­er avec l’absence dans cet univers feu­tré, bercé par la musique des Cure, des Depeche Mode et autres emblèmes eight­ies, qui soulig­nent si bien le goût du cinéaste pour les ambiances rétro.

Loin de la fig­ure fan­toma­tique clas­sique, la mère con­tin­ue de hanter régulière­ment les rêves de l’adolescente, dans des tons et des couleurs certes exac­er­bés, mais qui con­trastent avec son état pro­fondé­ment laconique. Le film s’orchestre alors comme un bal­ance­ment, un va-et-vient inces­sant entre le dépérisse­ment de cette mère et l’éveil sen­ti­men­tal de la jeune femme. Si White Bird s’inscrit dans la même fil­i­a­tion ado­les­cente que les précé­dents films du cinéaste, il n’en revendique donc pas moins une cer­taine orig­i­nal­ité de forme et de fond, per­me­t­tant au film d’exhiber un mécan­isme interne de tran­si­tion et de con­flit. La décou­verte de la sex­u­al­ité de Kat provoque ain­si un sché­ma d’attraction-répulsion chez sa pro­pre mère, qui ne peut sup­port­er la sex­u­al­ité émer­gente de sa pro­pre fille et finit par y voir une men­ace envers sa pro­pre capac­ité de séduc­tion. Explorée à l’aide de flash-backs suc­ces­sifs, cette dual­ité per­met de faire exis­ter la dis­pari­tion de la mère comme un motif d’introspection, et con­fère à la voix-off une réelle légitim­ité nar­ra­tive.

La faille derrière le vernis

Pour­tant, si cette voix-off relate les événe­ments trou­bles qui précè­dent la dis­pari­tion soudaine de sa mère, Kate demeure un per­son­nage pas­sif, qui préfère séduire l’inspecteur plutôt que de faire avancer l’investigation ou se con­fron­ter aux sus­pects. Et c’est bien dans ce décalage, entre la pas­siv­ité de l’enquête et l’activité sex­uelle nais­sante de la jeune fille, que l’on peut retrou­ver une cer­taine audace du cinéaste, qui offre à Eva Green une com­po­si­tion par­ti­c­ulière­ment réussie. Le rôle de cette mère per­met en effet à l’actrice d’étoffer son inter­pré­ta­tion d’une autodéri­sion adap­tée : sa sen­su­al­ité appa­raît comme éphémère et menaçante, et atteint son parox­ysme lorsqu’elle tente de séduire ouverte­ment le copain de Kat. Mais si la mère existe comme une men­ace ambiva­lente, c’est qu’elle incar­ne le lien entre la sur­face et la pro­fondeur, entre l’effort de la con­for­mité sociale et le mépris de soi, et s’exhibe comme une névrose à part entière, théâ­trale et grande gueule. C’est cette même schiz­o­phrénie qui offre au cinéaste l’occasion de pour­suiv­re une explo­ration ado­les­cente, cer­taine­ment moins déjan­tée que dans ses précé­dentes œuvres, mais par­cou­rue par la même désil­lu­sion ; celle du déli­cat pas­sage à l’âge adulte, exprimé ici dans son toute son étrangeté et son car­ac­tère inquié­tant.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Trilogie « Teenage Apocalypse » — Totally F***ed Up, The Doom Generation, Nowhere
Trilogie « Teenage Apocalypse » — Totally F***ed Up, The Doom Generation, Nowhere
Kaboom
Kaboom
Thomas Dekker
Thomas Dekker
Gregg Araki
Gregg Araki
Nowhere / The Doom Generation
Nowhere / The Doom Generation
Smiley Face
Smiley Face
Mysterious Skin
Mysterious Skin