L’his­toire que nous racon­te Lilt­ing est-elle unique ou mul­ti­ple ? S’ag­it-il d’une « sim­ple » affaire de com­ing-out, ou est-ce l’oc­ca­sion pour Hong Khaou de nous par­ler du deuil, des bar­rières de la com­mu­ni­ca­tion entre les êtres, de la façon d’ex­primer l’essence du respect, de l’amour ? Le réal­isa­teur se ménage une marge de manœu­vre dans les flot­te­ments d’une sit­u­a­tion où tout passe, comme jamais, dans les non-dits.

Les mots et le visage

Kai est mort. Pour Junn, sa mère, c’est d’au­tant plus une tragédie que cela sig­ni­fie qu’elle devra rester à l’hos­pice. Pour Richard, ça l’est aus­si, puisqu’il l’aimait et que son amant n’a jamais avoué son homo­sex­u­al­ité à sa mère. Le voilà réduit au rôle de meilleur ami face à une mère qui le déteste. Lui va ten­ter de tiss­er des ponts, elle, s’évertuer à les brûler – tout cela étant com­pliqué par le fait qu’ils n’ont aucune langue en com­mun.

Hong Khaou installe donc, par le truche­ment de l’in­ter­prète Vann, une dynamique humaine niant le dia­logue direct. La néces­sité per­pétuelle d’un audi­toire rend la scène la plus anodine mille fois plus com­plexe – ce que le réal­isa­teur souligne plus encore lorsqu’il com­mence par réu­nir Junn avec un homme de son âge, soupi­rant ten­dre et doux avec lequel tout passe par les gestes, les atti­tudes. Hong Khaou se plaît à filmer ces ren­con­tres à trois (ou plus) comme des huis-clos aux­quels on ne peut échap­per, où les ten­sions s’ex­ac­er­bent vite – et, lorsque la parole directe reprend ses droits, le doute demeure : tout ceci n’est-il pas un spec­ta­cle don­né au prof­it d’un audi­toire, les rap­ports humains ayant pris l’habi­tude d’être vu comme une mise en scène ? Et le spec­ta­teur de se retrou­ver dans une posi­tion étrange : son regard ne cor­rompt-il pas intrin­sèque­ment la spon­tanéité des inter­ac­tions à l’écran ?

Pour autant, les aveux fin­aux, arrachés par-delà les gênes et les rancœurs, son­nent juste, comme sonne juste le chemin par­cou­ru par les pro­tag­o­nistes pour y par­venir.

Dans la bulle

Hong Khaou coupe ses per­son­nages du monde, les place dans une bulle, créant une sorte de dynamique théâ­trale, à laque­lle les gros plans et les champs/contrechamps insuf­flent un regard scru­ta­teur. En apparence froid et retiré, ce regard parvient à saisir une human­ité touchante aux beaux accents de sincérité.