Critikat
Affiche de Le Garçon et le monde

Le Garçon et le monde

de Alê Abreu

Si loin si proche

par Raphaëlle Pireyre

Voyage à travers le Brésil

Un petit garçon voit son père quit­ter le foy­er, prob­a­ble­ment pour aller trou­ver du tra­vail loin de leur vil­lage. Puis il prend la route à son tour dans l’idée de retrou­ver son père. Le sin­ueux réc­it ini­ti­a­tique le con­duit dans les grands champs où l’on récolte le coton, puis à la ville où il est traité dans des usines, et enfin dans les cen­tres com­mer­ci­aux adossés à de somptueuses rési­dences où la con­som­ma­tion fait rage. Ce par­cours con­duit le garçon dans les paysages mag­nifiques et lux­u­ri­ants des champs, et sur les pas du joyeux défilé d’un car­naval bigar­ré, avant de l’emmener dans des parades mil­i­taires sin­istres.

Un personnage simple dans un monde complexe

Un per­son­nage sim­ple dans un monde com­plexe. Le Garçon et le monde épouse le regard de son jeune per­son­nage en usant du pas­sage du dessin naïf sur fond blanc à des décors extrême­ment élaborés pour évo­quer des réal­ités dis­tinctes. Les fave­las qui abri­tent les hommes qui tra­vail­lent dans les usines, où sont fab­riqués les vête­ments con­voyés dans des mul­ti­tudes de con­tain­er depuis le port. Par un effet marabout/ bout d’ficelle, ce film presque sans parole (hormis quelque mots d’une langue imag­i­naire : un brésilien à l’en­vers) saute d’un monde à un autre et emmène le spec­ta­teur dans autant de styles de dessins dif­férents en même temps que les types de musiques vari­ent eux aus­si. La beauté sidérante des dessins de champs de coton ou de nuit sur la favela se trans­forme tan­tôt en sym­phonie visuelle, hom­mage à la pein­ture sur pel­licule de Nor­man McLaren, tan­tôt en une fable écologique pro­fondé­ment pes­simiste. Les par­ties som­bres de l’histoire pren­nent un tour vrai­ment inquié­tant lorsque inter­vi­en­nent d’étranges ani­maux mécaniques prêts à tout dévor­er sur leur chemin qui peu­vent effray­er les plus jeunes spec­ta­teurs.

Du proche au lointain

Dans le générique, les motifs kaléi­do­scopiques qui envahissent l’écran s’éloignent dans la pro­fondeur, un motif chas­sant l’autre. L’ef­fet repris lorsque l’enfant décou­vre sur une machine à tiss­er un pon­cho arc-en-ciel dans lequel son regard plonge au point de pénétr­er la trame du tis­su. Cet effet de pas­sage du proche au loin­tain struc­ture le pro­jet de ce film, ambitieux à tous points de vue qui, dans son dis­cours-même s’efforce d’embrasser la com­plex­ité du monde à tra­vers les yeux d’un enfant, et en suiv­ant les pas du petit garçon sur les traces de son père, d’évoquer moins l’histoire du Brésil tout entier.

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À partir de 7 ans