Les vertus de la musique

Avec ce nou­veau long-métrage, John Car­ney délaisse le décor irlandais de Once pour la vivac­ité et musi­cal­ité de New York, où la belle Gret­ta (Keira Knight­ley) est venue vivre une idylle musi­cale et roman­tique avec son com­pagnon Dave (inter­prété par le chanteur Adam Levine), repéré par un puis­sant label. Seule­ment, ce dernier va rapi­de­ment la quit­ter pour une car­rière solo et une attachée de presse. La veille de son retour pour l’Angleterre, Gret­ta est poussée de force à chanter sur la scène d’un pub, et finit par sus­citer l’intérêt d’un pro­duc­teur présent, alcoolique, amer et loin de son suc­cès passé. Reprenant la par­ti­tion musi­cale comme fac­teur de rap­proche­ment, d’ouverture à l’autre et de recon­struc­tion per­son­nelle, le cinéaste John Car­ney s’aventure ici dans un pro­jet qui, sous des airs évi­dents de légèreté, est plus ambitieux qu’il n’y paraît en met­tant en scène de nom­breuses séquences chan­tées (par une actrice peu habituée à l’exercice) sans pour autant vers­er dans la cod­i­fi­ca­tion spé­ci­fique du genre de la comédie musi­cale.

Un traitement peu convaincant

Si une telle trame scé­nar­is­tique pos­sède une cer­taine orig­i­nal­ité, elle est rapi­de­ment sclérosée par un mon­tage agaçant, tant il tente de trav­e­s­tir ce qui est prévis­i­ble en élé­ments de sur­prise. Le film organ­ise ain­si la ren­con­tre entre les deux per­son­nages par l’enchaînement de deux longs flash-backs, qui per­me­t­tent de soulign­er à la fois l’individualité des par­cours et la com­plé­men­tar­ité des car­ac­tères. L’une est rêveuse, s’habille comme un garçon man­qué et prône l’accessibilité de la musique tan­dis que l’autre tente de renouer avec les rouages d’une indus­trie aléa­toire, qui vise l’appétit du gain et le for­matage des artistes. Ces élé­ments de dif­féren­ci­a­tion entre Gret­ta et l’ex-producteur sont ici exploités à usure comme pour mieux anticiper et pré­par­er ce qui devait paraître comme un pur pro­duit du hasard. À force de soulign­er les con­trastes, la ren­con­tre devient en effet pour le spec­ta­teur inévitable.

La musique se retrou­ve donc moins util­isée comme un fac­teur de rap­proche­ment que comme un cache-mis­ère cen­sé dis­simuler les faib­less­es d’un scé­nario cousu en toute vraisem­blance de fil blanc. Au lieu d’organiser des ten­sions intéres­santes entre les per­son­nages, la séquence musi­cale ne tient lieu ici que d’exutoire, de panse­ment, masquant avec peine une évo­lu­tion psy­chologique tout à fait linéaire et clas­sique de la belle Gret­ta. En résulte un pro­pos général volon­taire­ment opti­miste, mais qui suc­combe au for­matage qu’il est cen­sé lui-même dénon­cer, en pré­con­isant le finance­ment par­tic­i­patif de l’industrie du disque comme s’il s’agissait de céder aux lumières d’un phénomène de mode. En pous­sant la chan­son­nette, Keira Knight­ley crée néan­moins la bonne sur­prise du film. Dom­mage que sa voix ne soit pas assez puis­sante pour finale­ment cou­vrir toutes ces faib­less­es.