À l’époque de l’U­ni­ver­sal, Curt Siod­mak, scé­nar­iste du Loup-Garou de George Wag­gn­er avec Lon Chaney Jr (1941), voy­ait dans ce mon­stre la con­trepar­tie hor­ri­fique des sol­dats de l’Alle­magne d’Hitler : un être com­plexe, mais inca­pable de résis­ter au mal en lui[1]. Sans doute en est-il de même pour le per­son­nage inter­prété par Régis Jauf­fret dans le film de Stéphane Lévy : un homme inca­pable de juguler ses pul­sions, un pré­da­teur tou­jours à l’affût de la jeune fille qu’il a attirée dans sa pro­priété soli­taire, un intel­lect fort mais tou­jours à la lim­ite de laiss­er le mon­stre s’échap­per. Ce mon­stre est, évidem­ment, sex­uel et, même s’il est con­sen­ti au départ, l’acte d’amour devient vite un viol. On en vient à se deman­der si l’in­stinct pri­mal du per­son­nage n’est pas égale­ment partagé par l’ac­teur-scé­nar­iste et par le réal­isa­teur.

Mosaïque

Stéphane Lévy s’at­tache à dépein­dre cet intel­lect fort civil­isé – et, par voie de con­séquence sem­ble-t-il, très petit-bour­geois – via des dia­logues d’au­tant plus présents que la mise en scène les met sci­em­ment en avant en les dis­so­ciant de l’im­age. Stéphane Lévy choisit en effet – assez auda­cieuse­ment d’ailleurs – de stylis­er très forte­ment son image : le sépia pré­domine large­ment, parsemé de quelques plans en couleurs, la com­po­si­tion priv­ilégie net­te­ment l’emphase… Le plus impres­sion­nent demeu­rant la mise en scène des dia­logues, l’échange entre les deux pro­tag­o­nistes met­tant sou­vent à l’im­age l’in­ter­locu­teur tan­dis que résonne en voix-off la voix du locu­teur. Les longs pas­sages ver­beux du per­son­nage mas­culin (qui sem­ble, en pas­sant, vouloir nous don­ner sa pro­pre ver­sion du célèbre mono­logue de La Maman et la Putain) emplis­sent le film, con­créti­sa­tion filmique de cet intel­lect puis­sant et sous lequel sourd une inquié­tant cor­rup­tion. Et les images de la femme de con­stituer, las­cives et sur­com­posées, le sup­port idéal à cette log­or­rhée. Tout cela pour con­vo­quer le trou­ble, la moi­teur, un désir aux relents sul­fureux.

1 + 1 ≠ 1

En 2008, Régis Jauf­fret con­nais­sait la célébrité avec ses Microfic­tions, œuvre matricielle, sinon unique, de ce qui fut salué comme une nou­velle forme mais qui, le plus sou­vent, rel­e­vait de l’ex­er­ci­ce de style un peu creux. Fasciné, selon ses pro­pres ter­mes, par l’au­teur, Stéphane Lévy partage avec ces Microfic­tions une ten­dance au procédé esthé­tique sans struc­ture nar­ra­tive. Entre une suite d’im­ages à l’esthé­tique telle­ment out­rée qu’on a le sen­ti­ment de feuil­leter un recueil de pho­tos en papi­er glacé et une écri­t­ure grandil­o­quente et peu spon­tanée, le film a du mal à faire le lien. Jux­ta­posant deux réc­its, visuel et nar­ratif, Loup-Garou ne parvient pour­tant pas à s’af­franchir de la trame nar­ra­tive clas­sique – ce qui aurait fait de lui un poème étrange, une intéres­sante anti-Jetée. À vouloir pren­dre trop de chemins, le film échoue à trou­ver sa voie.

Notes

Notes
↑1 Et, acces­soire­ment, dont les vic­times sont mar­quées d’une étoile à six branch­es…