Les Hommes ! De quoi par­lent-ils ? (Una Pis­to­la en Cada Mano pour le titre orig­i­nal, soit lit­térale­ment “Un pis­to­let dans chaque main”) est l’ex­em­ple-type du film-symp­tôme. La moin­dre ambi­tion de mise en scène y a abdiqué au prof­it d’un dis­cours soci­ologique car­i­cat­ur­al sur un sujet aus­si vaste que le monde : l’homme mod­erne. En une suc­ces­sion de saynètes de quinze à vingt min­utes, toutes plus insipi­des les unes que les autres, le gratin du ciné­ma his­panophone (Ricar­do Darín, Javier Cámara, etc.) va jouer tour à tour les maris trompés, infidèles, divor­cés, frus­trés ou encore impuis­sants pour ten­ter de faire la syn­thèse des petits tra­cas mas­culins. Mais la ques­tion du genre est ici telle­ment omni­sciente qu’elle fige l’ensem­ble des per­son­nages dans un rap­port de force très arti­fi­ciel qui rap­pelle les grandes heures de l’ou­vrage Les hommes vien­nent de Mars, les femmes de Vénus où la déter­mi­na­tion du com­porte­ment, des envies et des désirs ne se fait qu’en fonc­tion du sexe de l’in­di­vidu. Le con­ser­vatisme sous-jacent qui émane d’un tel sché­ma­tisme voudrait faire hon­neur au sexe fort dont on sous-éval­uerait la sen­si­bil­ité et la fragilité. Mais comme nous sommes ici dans une con­fronta­tion extrême­ment binaire, il est aisé de devenir qui va endoss­er le mau­vais rôle.

Vous les femmes

Lorsqu’elles ne sont pas réduites à un hors-champ con­damna­teur (l’épouse infidèle que son mari attend sur un banc, celles dont deux anciens amis vien­nent de divorcer et qui ten­tent de se relever à coups de séances chez le psy, etc.), les femmes sont ici totale­ment cas­tra­tri­ces : elles refont leur vie sans se cul­pa­bilis­er, par­lent des prob­lèmes d’érec­tion de leurs com­pagnons à leurs amis, etc. Mais le seg­ment qui inter­pelle le plus est prob­a­ble­ment celui de cette trente­naire mod­erne, dev­enue séduisante depuis qu’elle a per­du quinze kilos, qui entend se venger d’un col­lègue de tra­vail autre­fois moqueur en lui sug­gérant d’avoir un rapi­de rap­port sex­uel dans les toi­lettes du bureau. On sent ici que l’ex­er­ci­ce d’hu­mil­i­a­tion à l’at­ten­tion de l’homme indéli­cat (mais inévitable­ment séduisant, ce n’est pas un hasard) se mue étrange­ment en un regard ten­dre et bien­veil­lant : une fois la leçon de morale dis­pen­sée sco­laire­ment par l’in­téressée, l’homme retrou­ve sa place, à peine per­tur­bée par ce rap­pel à l’or­dre. Finale­ment, peu importe ce à quoi pensent les hommes : on leur par­donne tout.