Ques­tion­nement de haute volée pour le pre­mier long métrage de l’actrice Audrey Dana (égale­ment scé­nar­iste) qui tente de cern­er ce qui fonde la féminité au XXIe siè­cle. Libérées, éman­cipées, les filles et petites-filles de fémin­istes jon­g­lent aujourd’hui entre leurs car­rières, leurs enfants, leurs amoureux si elles en ont ou la chas­se au géni­teur si elles en sont encore dépourvues. Mais com­ment con­cilient-elles ces vies par­al­lèles ? Digne d’un dossier de mag­a­zine féminin, Sous les jupes des filles enquille les clichés mais le cast­ing évite in extrem­is le naufrage du film.

Une chorale bourgeoise

Paris, 28 jours de print­emps, onze femmes (une sorte d’équipe de foot), tel est le « pitch » du métrage. Pour l’originalité, on repassera. Évidem­ment, le soleil illu­mine la plu­part du temps de mag­nifiques apparte­ments hauss­man­niens ou au moins des cents mètres car­rés bien situés (la crise du loge­ment sem­ble défini­tive­ment ne pas intéress­er les réal­isa­teurs), les héroïnes y flâ­nent habil­lées en Chanel ou en Zadig et Voltaire, bref, encore une fois la comédie socié­tale s’installe dans les beaux quartiers. Au-delà de cet état des lieux embour­geoisé, Sous les jupes des filles embrasse l’ambition de la diver­sité dans le choix de ses per­son­nages, cher­chant à créer un kaléi­do­scope de la Femme à tra­vers onze jeunes femmes. Jeunes, car même la plus âgée (Isabelle Adjani en l’occurrence) ne paraît pas son âge… Bref, Ysis (Géral­dine Nakache), la femme au foy­er insat­is­faite de sa vie de cou­ple se ver­rait bien débuter une liai­son avec Marie (Alice Taglioni), la baby-sit­ter des enfants. Agathe (Laeti­tia Cas­ta) sem­ble avoir trou­vé le prince char­mant tan­dis que sa sœur Jo (Audrey Dana) entre­tient une rela­tion avec un homme mar­ié (l’excellent Alex Lutz). Mais celui-ci peine à choisir entre sa maîtresse et Inès (Mari­na Hands) son épouse, qui tra­vaille avec une frigide (Audrey Fleu­rot), le mari d’Ysis et Lili, une patronne ménopausée (Isabelle Adjani donc) dont la sœur (Sylvie Tes­tud) est atteinte d’hypocondrie. Si on ajoute à cela une con­duc­trice de bus nymphomane (Julie Fer­ri­er), une exec­u­tive woman dés­espéré­ment seule (Vanes­sa Par­adis) et sa gen­tille assis­tante (Alice Belaï­di), le cast­ing est au com­plet.

So cliché

Con­stru­it comme un vaude­ville (les dif­férentes liaisons adultères ser­vant de fil con­duc­teur et de liant entre les divers per­son­nages), Sous les jupes des filles s’applique à énumér­er tous les pon­cifs atten­dus. Les femmes y sont traitées comme des sim­ples arché­types (la céli­bataire, la femme mar­iée et/ou trompée…) ne révélant de leur per­son­nal­ité que les car­ac­téris­tiques les plus évi­dentes. À pro­pos de la com­plex­ité du plaisir féminin, incar­née par la flam­boy­ante Audrey Fleu­rot, le film n’esquisse même pas le début d’une réflex­ion sur ce qu’est la jouis­sance fémi­nine, un mys­tère dont bon nom­bre d’hommes aurait sans doute appré­cié la révéla­tion. Que nen­ni ! On y « décou­vre » à l’inverse que le shop­ping calme les nerfs, que toutes les femmes rêvent en secret d’être demandées en mariage, un genou à terre et qu’entre elles un peu pom­pettes, elles rica­nent comme des hyènes. Si le film fait son miel de tous les clichés habituels sur la gent fémi­nine, il décolle heureuse­ment grâce au tal­ent de cer­taines pro­tag­o­nistes. Que ce soit à con­tre-emploi, comme Vanes­sa Par­adis red­outable­ment drôle en mégère hon­nie de tous ou dans un rôle qua­si­ment bur­lesque comme Julie Fer­ri­er, irré­sistible avec ses tocs de lan­gage et sa frus­tra­tion sex­uelle (les séquences de cou­ple avec son mari valent leur pesant de cac­ahuètes), la par­ti­tion comique tient raisonnable­ment ses engage­ments. Men­tion spé­ciale à Alice Belaï­di (décou­verte en récep­tion­niste vul­gaire sur Canal Plus) qui explose l’écran en assis­tante corvéable, disponible et pour­tant en proie à un lourd secret. En l’espèce, Sous les jupes des filles est au fémin­isme ce que Le Gen­darme de St Tropez est au film polici­er, une gen­tille tranche de rire inof­fen­sive.