[Com­péti­tion offi­cielle]

Grand prix du long-métrage doc­u­men­taire, ce pre­mier film de Michael Palmieri (auteur de clips pour Belle and Sebas­t­ian, Beck ou encore The Strokes) et de Don­al Mosh­er, pho­tographe, est une œuvre atmo­sphérique, qui est baignée dans une douce musique mélan­col­ique. Elle nous plonge au sein de la famille Mosh­er (celle du co-réal­isa­teur), trois généra­tions qui vivent sous le même toit dans un quarti­er pau­vre de New York. Touchés par une véri­ta­ble malé­dic­tion, ses mem­bres ont con­nu les sévices, les trau­ma­tismes, la guerre, ou encore les grossess­es ado­les­centes. Mal­gré leurs mal­heurs, ils font preuve d’une grande sol­i­dar­ité qui est déli­cate­ment mise en images et en sons par des auteurs qui ne tombent jamais dans le mis­éra­bil­isme ou le pathos déplacé. Entre chaque moment de vie filmé, les cinéastes fil­ment des blocs de temps à la façon d’un Ozu qui aurait écouté quelques morceaux de Labrad­ford. Les feuilles s’envolent grâce à un vent d’automne qui emporte avec lui les tour­ments, les spec­tres et les déchirures qui ont touché cette famille. Les non-dits sont forts et les paroles se libèrent au fil du film en se dis­per­sant sur des plans des paysages envi­ron­nants. Tout au long du métrage, on sent l’amour des cinéastes pour les sujets filmés et pour une musique aux sonorités douces et amères qui per­met de restituer au mieux l’atmosphère rég­nant au sein de cette famille blessée. Cer­taines séquences tournées lors d’Halloween et la présence d’une tante vivant comme une sor­cière don­nent un aspect fan­tas­tique au film, celui-ci trai­tant des fan­tômes qui tour­mentent une famille depuis de lus­tres – il s’agit notam­ment les indi­vidus qui ont suc­com­bé dans les bras d’un père ayant subit la guerre du Viet­nam. Octo­ber Coun­try est une œuvre ten­dre et déli­cate qui mag­ni­fie le temps d’un film des per­son­nages icon­o­clastes, sans jamais porter de juge­ment sur leur vie. Un prix mérité.