[Com­péti­tion offi­cielle]

Pour son deux­ième long-métrage doc­u­men­taire, Huang Weikai nous pro­pose une plongée ver­tig­ineuse dans un univers urbain chi­nois ten­tac­u­laire et absurde. Le jeune cinéaste a recueil­li des vidéos de faits divers filmés par des pas­sants. Grâce à un mon­tage alterné incroy­able­ment habile et ryth­mé, le cinéaste dévoile des moments de vie ter­ri­fi­ants : les hommes et les ani­maux vivent dans un chaos con­stant. Les sons stri­dents de l’urbanité ain­si que l’agitation ambiante tranchent avec l’image d’ordre que la Chine nous a présen­té lors des défilés des 60 ans du régime com­mu­niste. Si dans la parade mil­i­taire qui exhibait des sol­dats par­faits, salu­ant un Hun Jin­tao mono­lithique, la Chine parais­sait impres­sion­nante, dans Dis­or­der, tout est chao­tique : la police est débor­dée par une agi­ta­tion inten­able liée à un développe­ment économique dif­fi­cile­ment con­trôlable. Le noir et blanc qui con­t­a­mine le film ren­force cette impres­sion. La couleur aurait ren­du le désor­dre abstrait et vague­ment artis­tique (à la manière des nom­breuses œuvres fil­mant les lumières chaleureuses de Tokyo ou de Shang­hai, sym­bol­es même du ten­tac­u­laire et du bor­délique). Ce noir et blanc se veut surtout intem­porel et il per­met de nous iden­ti­fi­er à un univers qui peut être le notre : celui d’une fin de cycle, d’une vie cita­dine stres­sante où l’humain à une des­tinée aus­si ter­ri­fi­ante qu’un ani­mal d’abattoir. Der­rière l’horreur des images, le cinéaste souhaite mon­tr­er la sol­i­dar­ité qui existe entre des indi­vidus dépassés : des Chi­nois per­dus dans un développe­ment qu’ils ne maîtrisent pas. Le film prend aux tripes en faisant l’effet d’un upper­cut qui vous met à genoux. Le plaisir d’avoir décou­vert un cinéaste si tal­entueux nous ramène à nos esprits en remer­ciant Entre­vues de nous avoir présen­té un tel choc ciné­matographique.