La fig­ure du Pape a mieux réus­si à Moret­ti que celle de Berlus­coni. Si cette belle farce inquiète n’est pas le grand film qu’elle aurait pu être, c’est qu’elle a les lim­ites de ses qual­ités – son sens cer­tain de la dérive tran­quille finit par tourn­er quelque peu à vide. Mais voyons le verre à moitié plein : à la dif­férence des gros trucs empesés à sujet qui sem­blent avoir peu­plé la sélec­tion à ce jour, le film a au moins le mérite de déjouer con­stam­ment les attentes sans le moin­dre effet de manche.

Les rit­uels du Vat­i­can et son culte du secret, prop­ices à sus­citer les visions les plus para­noïaques et solen­nelles (remem­ber le prodigieux Anges et Démons de Ron Howard), sont ici détail­lés sur un ton mi-sérieux mi-dro­la­tique qui évite la fas­ci­na­tion lénifi­ante comme la charge anti-cléri­cale. La musique dra­ma­tique fait red­outer, le temps du générique, un pen­sum com­plaisant sur la perte de la foi ou un api­toiement déplacé vis-à-vis des hommes de pou­voir que sont les car­dinaux, mais leste le film d’une angoisse exis­ten­tielle qui s’avère peu à peu d’autant plus poignante qu’elle s’offre comme indis­so­cia­ble de la satire. Le cœur du film, le principe sur lequel reposent l’humour et l’émotion, n’est pas tant l’humanité que l’enfance. Le Vat­i­can y est décrit comme un grand inter­nat de garçons qui passent leur temps à copi­er sur le voisin, à se dénon­cer, se chamailler. La crise que tra­verse le Pape fraîche­ment élu le ren­voie aus­si bien à ses rêves con­trar­iés de jeunesse qu’à un état de redé­cou­verte ahurie du monde.

Impos­si­ble, d’un plan à l’autre, de prévoir quelle direc­tion le réc­it, avec sa décon­trac­tion anx­ieuse, son temps sus­pendu, va pren­dre. Désamorcer la ren­con­tre entre un grand psy­ch­an­a­lyste et le Pape – et, par­tant, entre Moret­ti et Pic­coli – au prof­it d’un tournoi de vol­ley et d’une escapade dans les rues de Rome n’est pas la moin­dre de ses sur­pris­es… Choix évi­dent que celui de Pic­coli : c’était sans doute le seul acteur, par sa stature, son physique, son jeu, qui puisse endoss­er aus­si aisé­ment le rôle du Pape et ren­dre aus­si trou­blants ces plans d’errance incog­ni­to où le car­ac­tère étrange et extra­or­di­naire de la sit­u­a­tion se donne inten­sé­ment à ressen­tir.