Avec l’éclosion des émis­sions télévisées con­sacrées à la cui­sine, l’intérêt porté par le doc­u­men­taire à la mal­bouffe et le souci de la société en général pour ce qu’elle mange, cela devait arriv­er : même le ciné­ma très jeune pub­lic est gag­né par la mode culi­naire. Le Par­fum de la carotte est un pro­gramme de courts-métrages d’animation dont le sujet tourne autour de la nour­ri­t­ure : Un héris­son cherche un endroit tran­quille pour déguster son déje­uner, toute une famille, du père aux ani­maux domes­tiques, unis­sent leur force pour déter­rer une carotte, deux lap­ins venus à bout de leurs réserves de con­fi­ture de carotte nous en livrent la recette en chan­tant. Ces très courts films unis par leur thé­ma­tique et par une même légèreté utilisent des tech­niques d’animation dif­férentes. Le grand soin apporté aux génériques (le voy­age des petits lap­ins qui par­tent à la recherche des meilleures carottes dans La Con­fi­ture de carottes) tend à les inté­gr­er totale­ment aux films, qui, dans leur for­mat extrême­ment réduit, se présen­tent davan­tage comme des comptines que comme des réc­its, ce que leur struc­ture ne dément pas : Le Héris­son partageur est con­stru­it sur un effet de répéti­tion qui tient de la ritour­nelle, et La Carotte géante fonc­tionne lui selon le principe de l’accumulation. Ces trois mis­es en bouche sont très char­mantes et de très bon goût.

Le clou du spec­ta­cle réside dans Le Par­fum de la carotte, comédie musi­cale forestière, qui met en scène les rongeurs con­tre le car­ni­vore renard et sa com­pagne, poétesse qui se nour­ri­rait volon­tiers d’amour, d’eau fraiche et des quelques alexan­drins. His­toire d’une ami­tié de voisi­nage con­trar­iée puis réc­on­cil­iée entre un écureuil et son nou­veau voisin, un lapin féru de petits plats. Le rongeur est excédé par l’odeur lanci­nante de gâteaux qui s’échappe en per­ma­nence des fourneaux de son ami. Cuisi­nant sans relâche, le lapin cherche à se rabi­bocher à son com­père en con­fec­tion­nant un cake d’amabilité, référence à l’univers fab­uleux de Peau d’Âne de Jacques Demy. Mêlant voix de comé­di­ens (Agnès Jaoui et Jean Bap­tiste Marcenac) et voix d’enfants, le film se fonde sur l’opposition entre les ten­ants de cette « mau­dite chaîne ali­men­taire », comme le chante le lapin. Si le réc­it est par­fois un brin con­ven­tion­nel, l’ensemble reste extrême­ment soigné.