Et si les légen­des urbaines cir­cu­lant au sujet d’une école de Tokyo étaient vraies ? Et si, der­rière elles, se dis­sim­u­lait une série d’épreuves des­tinées aux élèves courageux qui brav­eraient l’in­ter­dit : se trou­ver dans l’en­ceinte de l’é­cole à minu­it passé ? De prime abord, on ne peut pas dire qu’After School Mid­nighters brille par son orig­i­nal­ité, surtout pour qui con­naît les thèmes et les développe­ments nar­rat­ifs de l’an­i­ma­tion japon­aise. Pour­tant, il faut soulign­er à quel point le réal­isa­teur Hitoshi Takekiyo prend son sujet à bras le corps, réal­isant pleine­ment le poten­tiel chao­tique et déli­rant de son sujet.

Donc, nous voici en com­pag­nie de Mako, Miko et Mut­suko, petites filles arché­typ­ales (l’une est la pim­bêche riche je-sais-tout, la deux­ième est la gamine infan­tile hyper­ac­tive, la troisième est la sin­istre, la frange sur les yeux et une pas­sion débor­dante pour l’entomologie, ten­dance tor­ture des insectes). Ayant pénétré mal­gré les inter­dits – il est prévu qu’il soit détru­it le lende­main – dans le labo de sci­ences de l’é­cole pen­dant la journée portes ouvertes précé­dant la ren­trée, elles déci­dent de le redé­cor­er à leur façon. Ce faisant, elle s’at­tire la colère de mon­sieur Kun­stlijk, le man­nequin d’anatomie écorché, qui décide de les attir­er la nuit même, afin de les punir. Mais, c’est égale­ment l’oc­ca­sion pour elles de ten­ter les trois épreuves liées aux légen­des urbaines de l’é­cole, et qui leur per­me­t­traient, si elles tri­om­phaient, de réalis­er un vœu. Mon­sieur Kun­stlijk et son com­parse Goth le squelette à mous­tach­es déci­dent de leur vol­er led­it vœu, afin d’empêcher la destruc­tion de leur labo de sci­ences. Tan­dis que le squelette va les soutenir à mort (oui, c’est facile, je sais), mon­sieur Kun­stlijk va ten­ter mordi­cus de faire échouer les gamines, quand bien même cela sig­ni­fierait la fin de son labo de sci­ences, et sa fin à lui…

Dis­ons qu’After School Mid­nighters s’emmêle un peu les pinceaux dans son script. Dis­ons aus­si que celui-ci est à l’im­age de la per­son­nal­ité esthé­tique du film : foutraque, déli­rant et chao­tique. Suiv­re les péripéties du film, entre aber­ra­tions logiques et développe­ments mille fois vus, pour­rait s’avér­er très pénible, n’é­tait l’u­nivers visuel excep­tion­nel inven­té par Takekiyo et son équipe. Qu’on en juge plutôt : un man­nequin d’anatomie vin­di­catif et méga­lo, une créa­ture du lagon noir du genre sur­feur cal­i­fornien, les trois Par­ques en incar­na­tion du web, une mouche pos­sédée par un démon, une machine à voy­ager dans le temps et un trio de lapin dans leur for­mol rejouant les Affran­chis.

Et cela ne s’ar­rête pas là : Hitoshi Takekiyo place son bes­ti­aire fou furieux dans un univers visuel aux couleurs cri­ardes, aux formes explo­sives, au dynamisme grisant. En somme, le réal­isa­teur s’y entend fort bien à met­tre en scène et à agré­menter son poten­tiel déli­rant. Quelque temps après le trop sage Let­tre à Momo, le con­traste est sai­sis­sant et plaisant. After School Mid­nighters est un tour de mon­tagnes russ­es hal­lu­cinées, dont la créa­tiv­ité for­mi­da­ble ne suf­fit pour­tant pas à faire oubli­er les tristes lieux com­muns dans lesquels le réc­it s’in­stalle.