Vio­ls, vols, règle­ments de comptes, cor­rup­tion, trafics en tout genre, la crim­i­nal­ité au ciné­ma n’a pas de fron­tière, mais quand elle téle­scope la comédie musi­cale Bol­ly­wood, genre chéri des Indi­ens, on peut dire que le mariage est explosif, comme le démon­tre L’Allumette, la pre­mière réal­i­sa­tion de P. Kinslin. Entre bas­tons, con­flits famil­i­aux et his­toire d’amour, le métrage a de quoi sur­pren­dre et surtout de quoi plaire.

Chauf­feur de tuk-tuk, Shak­thi est un gen­til garçon, tra­vailleur, altru­iste et amoureux de sa jolie voi­sine Leena. Con­tre toute attente, il est pour­suivi par trois ban­des qui souhait­ent le voir grig­not­er les pis­senl­its par la racine. Le jeune homme cacherait-il un secret, des activ­ités mal­hon­nêtes ? Que nen­ni ! Au long des deux heures vingt que dure L’Allumette, on décou­vre au gré des attaques dont il est la vic­time l’origine de chaque con­flit. Si les raisons sont divers­es, elles ont pour point com­mun d’être le fruit de son impli­ca­tion pour défendre les autres, qual­ité peu com­mune à en croire les effets dévas­ta­teurs qu’elle pro­duit.

Récoltant une tem­pête de vio­lence pour ses actes valeureux (tenir tête à un braque­ur, empêch­er un kid­nap­ping…), Shak­thi incar­ne le héros par­fait, jamais à la recherche d’une recon­nais­sance, unique­ment guidé par son sens de l’honneur et doté d’une force physique her­culéenne. Le film alterne des scènes de danse chan­tées (peu nom­breuses pour un métrage estampil­lé Bol­ly­wood) rel­a­tive à la part légère du film (duo amoureux, shop­ping de l’héroïne) et des séquences de lutte choré­graphiées (à la main, à la machette, au pis­to­let), totale­ment exagérées dans leur util­i­sa­tion du bul­let time et pour­tant sacré­ment jouis­sives. Ce grand écart, tout autant scé­nar­is­tique que visuel, pour­rait être une métaphore de l’Inde, pays entre tra­di­tion et moder­nité. Cette dual­ité trou­ve dans L’Allumette une représen­ta­tion maligne. Sans se couper des rit­uels du ciné­ma indi­en (le chant et la danse au ser­vice d’une his­toire d’amour), le film évite les habituelles love sto­ries impos­si­bles (éton­nam­ment les par­ents de la jeune fille seraient ravis qu’elle épouse un chauf­feur de taxi) pour s’aventurer vers une mise en scène de l’action à l’américaine. Pas d’opposants donc à l’union des deux amoureux, quant à la vio­lence dont est l’objet le per­son­nage prin­ci­pal, elle offre au héros le cadre de son épanouisse­ment. Le jeune homme timide s’affirme au fil des atten­tats qu’il évite et des cor­rec­tions qu’il inflige, devenant aux yeux de Leena un par­ti finale­ment plus intri­g­ant qu’il n’y parais­sait.

Con­stru­it autour de nom­breux flash­backs qui éclairent pro­gres­sive­ment l’intrigue, L’Allumette se plaît à con­fron­ter Shak­thi aux sit­u­a­tions les plus rocam­bo­lesques (l’explication de sa ten­ta­tive d’évasion vaut son pesant d’or), l’humour n’étant pas l’ennemi de l’action pour le met­teur en scène. Ça danse, ça chante, ça canarde et sans s’en apercevoir on plonge avec délice dans l’épopée de ce taxi-man.