Précédé de la répu­ta­tion flat­teuse – à rel­a­tive­ment juste titre – du pre­mier épisode, Kick-Ass 2 a beau­coup à prou­ver. Tout en s’ap­pli­quant à repren­dre les recettes ayant fait le suc­cès du pre­mier volet, le film cherche sa voie dans la surenchère : plus de vio­lence, plus de drame, plus de comique égale­ment – tout en plus sauf… la spon­tanéité. Ce qui laisse, par moment, voir les gross­es ficelles d’un film qui se préoc­cupe plus de péren­nité com­mer­ciale que d’in­tégrité nar­ra­tive.

Le temps a donc passé et, mal­gré ce que veu­lent nous laiss­er croire les séquences intro­duc­tives (un calque lit­téral d’une séquence culte du pre­mier, ce qui n’est jamais un bon signe), le duo Hit Girl/­Kick-Ass a vécu. Cha­cun va son chemin, cha­cun ren­con­tre ses nou­velles dif­fi­cultés, et nous voilà avec deux films au lieu d’un. La part comique est assurée, cette fois, par Hit Girl, à présent con­fron­tée aux périls de la vie en tant qu’a­do, où on ne peut que très rarement résoudre quelque chose à coups de tatane dans la gueule (quoique). Plutôt réussie, cette par­tie mon­tre deux choses : que le per­son­nage est intrin­sèque­ment trag­ique, névro­tique – cent fois plus riche et intéres­sant que le lar­moy­ant Kick-Ass lui-même, et que le bouf­fon Red Mist, devenu The Moth­er­fuck­er après avoir enfilé la tenue SM de feue sa mère (d’où « The Moth­er­fuck­er », prob­a­ble­ment…), et qui joue les util­ités. Cela mon­tre égale­ment que la pro­duc­tion est pleine­ment con­sciente du poten­tiel et de la pop­u­lar­ité du per­son­nage incar­né par Chloë Grace Moretz, et que l’ac­cent est claire­ment mis sur celui-ci, au détri­ment de Kick-Ass.

Car c’est au tour du per­son­nage d’Aaron Tay­lor-John­son de souf­frir – heureuse­ment, car s’acharn­er sur Hit Girl après le finale ter­ri­ble de Kick-Ass n’eût pas été très déli­cat. Voilà donc notre héros en pyja­ma vert en pleine crise exis­ten­tielle, alors qu’il n’est plus le seul et unique super héros déclaré, et qu’il a essaimé dans le monde entier. Son sec­ond souf­fle, il le trou­vera dans la bande de super-héros plus ou moins tocards présidée par l’in­tense Colonel Stars and Stripes. Mal­heur à ce dernier car, surenchère encore, on ne tue pas le père qu’une seule fois dans Kick-Ass 2 – sans doute his­toire de rivalis­er avec le des­tin de Big Dad­dy dans le pre­mier épisode. Chargé de fournir une Némé­sis à Kick-Ass, Christo­pher Mintz-Plasse cabo­tine à mort sous les cuirs de The Moth­er­fuck­er, s’of­fre une équipe de super-vilains, dont l’ul­tra-vio­lente Moth­er Rus­sia con­stitue le morceau de choix, puis ter­mine dans le ridicule le plus con­ster­nant[1].

Impres­sion­nant de nég­li­gence à l’é­gard de son per­son­nage éponyme, Kick-Ass 2 a tout du film de tran­si­tion vers sa future suite spin-off, vraisem­blable­ment con­sacrée à la seule Hit Girl. Large­ment priv­ilégiée, ce per­son­nage se taille la part du lion d’une suite qui ne parvient à aucun moment à retrou­ver le rythme et la spon­tanéité du précé­dent volet. Kick-Ass 2, ou la « séquence teas­er d’après générique » la plus longue à ce jour.

Notes

Notes
↑1 Aidé en cela par des effets numériques indi­gents – mais ce n’est pas la seule rai­son de la débâ­cle du cli­max de Kick-Ass 2…