Depuis quinze ans, Oggy et les cafards se com­bat­tent sur petit écran. Aujourd’hui, ils passent à la vitesse supérieure au ciné­ma pour le plus grand plaisir des fans de car­toon tra­di­tion­nel. Mais, à défaut d’une vraie his­toire à racon­ter, le gros chat et ses trois petits bour­reaux tour­nent très vite en rond.

La société Xil­am Ani­ma­tion, fondée en 1999, est à l’origine de beaux suc­cès ani­més : Les Zinzins de l’espace, Ratz, Lucky Luke, Oggy et les cafards. Les aven­tures sans dia­logues du chat et des insectes ont par­cou­ru le monde grâce à la force de leur dimen­sion visuelle et à la qual­ité du tra­vail sur une bande son tou­jours hyper expres­sive. En tra­vail­lant les codes du slap­stick et en dévelop­pant des réc­its courts sur une struc­ture car­toonesque à la Tex Avery, Oggy et les cafards a per­mis la per­ma­nence de ce genre de pro­duc­tions et a con­tribué au dynamisme et à la diver­sité de l’animation française. Cette for­mule a certes fait recette à la télévi­sion, mais elle ne suf­fit pas pour con­stru­ire un long-métrage intéres­sant, où la ques­tion du scé­nario devient cap­i­tale pour jon­gler entre le rythme effréné du car­toon et la com­plex­ité nar­ra­tive d’un film long.

Oggy et les cafards, ver­sion longue, n’apporte rien de nou­veau par rap­port à la série, sinon le plaisir de retrou­ver ses héros far­felus dans des sit­u­a­tions tou­jours absur­des. Le film est con­sti­tué d’une suite d’épisodes, comme si le pas­sage au grand écran ne changeait rien, ou si peu, dans la manière d’écrire les aven­tures d’Oggy et de ses petits assail­lants. L’option du film à sketch­es est un bon moyen de bot­ter en touche pour esquiver la dif­fi­culté du change­ment de medi­um. L’idée de trans­fér­er les per­son­nages à dif­férentes épo­ques (préhis­toire féline, Moyen-Âge de con­tes de fées, XIXe siè­cle steam­punk, futur sci­ence-fic­tion­nel) relève davan­tage du « truc » que de la con­struc­tion réelle. Le tra­vail styl­is­tique demeure irréprochable, tant sur la pré­ci­sion ryth­mique de l’animation que sur l’écriture sonore où les bruits, grogne­ments et cris con­stituent un dia­logue auda­cieux sur une par­ti­tion musi­cale très riche. La splen­deur des décors, plein de détails humoris­tiques, est assez épous­tou­flante. En somme, la qual­ité de l’équipe d’Oggy et les cafards est évi­dente, mais elle se repose sur ses acquis.

Pour fédér­er les publics, on mul­ti­plie les clins d’oeil lit­téraires, ciné­matographiques et sériels, avec des références pop­u­laires : Cliffhang­er, Cen­drillon, Ghost, Sher­lock Holmes, Star Wars, Prison Break… Le film reste des­tiné à un très jeune pub­lic, peut-être peu enclin à sup­port­er la longueur du film (1h20 de gags à répéti­tion, c’est déjà long). Et si on a plus de cinq ans, on s’ennuie vite mal­gré le brio de l’animation.