Suite au suc­cès de son court-métrage La Par­tie de ping-pong, Thomas Seban a décidé de pass­er au for­mat long en gar­dant le même con­cept : un noir et blanc, deux per­son­nages réu­nis pen­dant un temps don­né autour d’un match de ten­nis de table, des vannes à gogo, etc. Réal­isé avec très peu de moyens, le pro­jet vise l’ab­surde et l’épuise­ment des sit­u­a­tions. Finale­ment, Peut-être qu’on n’a pas le même humour enchaîne les piques foireuses avec un tel sys­té­ma­tisme qu’on se demande quel était l’en­jeu ini­tial de ce pro­jet.

S’il ne visait pas à une cer­taine esthéti­sa­tion (à con­di­tion qu’on puisse affirmer que le noir et blanc relève du par­ti-pris, de la propo­si­tion formelle), on serait ten­té de voir dans Peut-être qu’on n’a pas le même humour un délire potache ado­les­cent con­va­in­cu de son irrévérence alors que rien, dans le scé­nario ou les dia­logues, ne sem­ble dépass­er la ten­ta­tion peu pas­sion­nante d’un mau­vais goût dépourvu d’ar­rière-plan. On peut au moins recon­naître au réal­isa­teur, dont c’est ici le pre­mier long-métrage, une cer­taine lucid­ité sur le fait que son humour – voire son sujet – sera loin de faire l’u­na­nim­ité. Cepen­dant, on aurait préféré que le film s’in­scrive dans le sil­lon des malpo­lis Daniele Ciprì et Fran­co Maresco (Totò qui vécut deux fois, L’On­cle de Brook­lyn), plutôt que de recy­cler laborieuse­ment un humour digne de la céré­monie des César sur Canal Plus. Chaque vanne sem­ble for­cée, trop lourde dans ses inten­tions pour sus­citer le moin­dre malaise ou provo­quer un sim­ple sourire. Pour­tant, on pour­rait estimer au pre­mier abord que Thomas Seban n’a pas choisi la carte de la facil­ité. Se suff­isant à deux per­son­nages qu’il met en scène dans un même espace pen­dant plus d’une heure, il pre­nait lit­térale­ment le risque d’asséch­er le dis­posi­tif en quelques min­utes.

Voici le point de départ : deux col­lègues, réu­nis dans un jardin de ban­lieue pour observ­er l’é­clipse qui s’an­nonce, vont aigu­is­er leur joute ver­bale autour d’une par­tie de ping-pong qui vire au règle­ment de comptes. On est vague­ment ten­té de faire référence à un absurde à la Beck­ett (des sit­u­a­tions qui s’étirent jusqu’à l’épuise­ment, une attente qui finit par se vider de son sens) mais la com­para­i­son doit néan­moins s’ar­rêter là. Même si on imag­ine volon­tiers le dis­posi­tif pro­posé par Thomas Seban bien plus adap­té à une scène de théâtre (le réal­isa­teur ne fait pas grand-chose de sa caméra et le mon­tage ne pro­pose que des champs/contrechamps), les lim­ites du pro­jet ne se résu­ment cepen­dant pas à un mau­vais emploi des options qu’of­fre le ciné­ma. Dans Peut-être qu’on n’a pas le même humour, c’est un vrai prob­lème d’écri­t­ure qui pré­domine. L’en­jeu de l’his­toire ne repose que sur un échange en pilotage automa­tique, un aller-retour con­tinu entre deux per­son­nages qui débitent leurs vannes comme on exé­cute un smash crâneur sur un cour de ten­nis. Le for­mat long accroît le sen­ti­ment de malaise face à la pau­vreté de l’ensem­ble car il révèle la totale inex­is­tence d’une pro­gres­sion nar­ra­tive, révélant des per­son­nages exces­sive­ment stéréo­typés, inca­pable de s’in­car­n­er réelle­ment. On imag­ine que l’idée de départ se voulait poli­tique­ment incor­recte, le résul­tat est tout sim­ple­ment très ennuyeux.