La SF deviendrait-elle glam­our ? Telle est la ques­tion qu’on est en droit de se pos­er à la décou­verte du cast­ing d’Upside Down. Après Halle Berry (Cloud Atlas), Tom Cruise (Obliv­ion) et Brad Pitt dans quelques semaines (World War Z), c’est au tour de Kirsten Dun­st, l’égérie du ciné­ma indépen­dant améri­cain et de Jim Sturgess, le beau gosse qui cherche le rôle qui le fera explos­er, de s’encanailler du côté du ciné­ma de genre. Cette star­i­fi­ca­tion des affich­es de films de sci­ence-fic­tion mar­que-t-elle un repo­si­tion­nement de la part de cer­tains acteurs pour touch­er un pub­lic plus large et plus jeune (le fameux ado­les­cent) ou annonce-t-elle une véri­ta­ble révo­lu­tion SF, drainant la curiosité des grands noms d’Hollywood sur des pro­jets jusque-là con­fi­den­tiels ? La réponse fournie par Upside Down n’est mal­heureuse­ment pas à la hau­teur des attentes de son syn­op­sis aguicheur.

Quelque part dans l’univers, deux planètes, l’une au-dessus de l’autre, se touchant presque, ne parta­gent pas la même grav­ité. Pire, celui qui chang­erait de planète con­tin­uerait à dépen­dre de sa pro­pre grav­ité. Mal­gré les échanges com­mer­ci­aux qui les unis­sent, toutes rela­tions entre habi­tants d’en haut et d’en bas sont pro­scrites. Quand Adam ren­con­tre Eden (la sym­bol­ique pachy­der­mique des prénoms), les lois d’airain des deux mon­des sont dyna­mitées, le jeune homme étant prêt à tout ris­quer pour son amour. Romance à l’eau de rose, séquences téléphonées, sym­bol­ique ciselée au marteau-piqueur, la sub­til­ité scé­nar­is­tique ne sem­ble pas une qual­ité de Juan Solanas, le réalisateur/scénariste d’Upside Down. En revanche les pre­mières images du film démon­traient une volon­té formelle ambitieuse.

Avec son his­toire de grav­ité, sub­stan­tifique moelle du syn­op­sis, Solanas tient une occa­sion rare de jouer de l’image, d’en épuis­er les lim­ites ter­restres et humaines, bref de pro­duire du ciné­ma inven­tif, ne serait-ce que formelle­ment (oublions claire­ment toute per­ti­nence scé­nar­is­tique). Et force est de con­stater qu’à cer­tains moments la coex­is­tence des deux grav­ités au sein du même espace pro­duit l’étrangeté inhérente à la SF. Les scènes de bureaux en open-space où tra­vail­lent simul­tané­ment des représen­tants des deux planètes mon­trent à la fois par un effet de miroir la ressem­blance des êtres du haut et du bas et la ver­tig­ineuse dif­férence qui les sépare.

Mal­gré toute la créa­tiv­ité que cette sit­u­a­tion grav­i­ta­tion­nelle pour­rait sus­citer, elle est rapi­de­ment neu­tral­isée par une direc­tion pho­to insouten­able, rap­pelant Love­ly Bones de Peter Jack­son. Tan­dis que les intérieurs (les fameuses scènes de bureau) jouent sur des lumières froides, esthéti­santes mais peu nova­tri­ces, les extérieurs (de la planète du haut) vom­is­sent des couch­ers de soleil exténu­ants et des couleurs pop délavées. Ces choix d’éclairage, com­binés à un scé­nario anorex­ique et aux presta­tions anec­do­tiques des acteurs (Kirsten Dun­st qua­si-fig­u­rante de son pro­pre film) trans­for­ment la bonne idée Upside Down en ganache écœu­rante. Trop de pistes lais­sées en plan, trop de plans capil­lo­trac­tés où l’on cherche à démêler le haut du bas, trop de culs de sac nar­rat­ifs, Upside Down brille par une pré­ten­tion colos­sale, rate sa mise en image et ringardise l’écriture SF. Une triple chute.