Quoi de mieux pour un com­pos­i­teur de glam rock frus­tré que d’aller se repos­er dans un sana­to­ri­um dont il ne sait stricte­ment rien, au milieu de la cam­pagne anglaise, sur un coup de tête, juste parce que l’a­gence qui le promeut est nom­mée « Hairy Hol­i­days » (coup de cha­peau, en pas­sant, aux tra­duc­teurs qui traduisent ce nom en « Vacances au poil ») ? Rien, c’est assuré­ment la chose à faire – et tant mieux si cela pro­cure l’ar­gu­ment néces­saire à un déchaîne­ment absurde et grand-guig­no­lesque.

Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Nous sommes à peine aux pre­mières lignes de cette chronique et, déjà, l’om­bre de l’ironie point ? Il faut dire qu’Hor­ror Hos­pi­tal prête volon­tiers le flanc à l’ironie – à croire que ce serait volon­taire… Nous sommes donc en présence du dia­bolique doc­teur Storm, savant fou inter­prété par Michael Gough, qui ne manque pas une occa­sion de laiss­er échap­per un ric­tus sin­istre, une phrase grinçante, voire de racon­ter son Plan Machi­avélique pour la Dom­i­na­tion Mon­di­ale à ses prochaines vic­times.

Un méchant de ser­i­al bien dans la tra­di­tion, donc, flan­qué de sa maîtresse rude et sèche, de son nain (qui est le vecteur d’une kyrielle de gags absol­u­ment pas poli­tique­ment cor­rects) et de sa troupe de zom­bies bleutés à qui il peut – trem­ble, monde libre, trem­ble ! – ordon­ner de faire des exer­ci­ces physiques à volon­té. Alan Wat­son et Antony Balch au scé­nario (Balch réalise égale­ment) s’a­musent fort à don­ner dans l’outrance la plus absurde[1], au mépris de la plus élé­men­taire cohérence nar­ra­tive. Cet ent­hou­si­asme rap­proche Hor­ror Hos­pi­tal du Franken­stein Junior de Mel Brooks, dont il serait le ver­sant foutraque et déli­rant, là où Brooks soigne et cisèle à l’év­i­dence ses clins d’œil et ses références.

Si l’ef­fet cat­a­logue hétérogène de références ne fait jamais un film, l’hu­mour omniprésent – et d’une rudesse rafraîchissante, en ces temps de rigo­lade policée – voulu par les scé­nar­istes et la per­for­mance superbe de Michael Gough légiti­ment large­ment l’ac­qui­si­tion du DVD de Hor­ror Hos­pi­tal. Très pro­lixe, Alain Petit offre, dans les bonus, la pos­si­bil­ité de replac­er le film dans son con­texte artis­ti­co-his­torique (le film est tout de même sor­ti la même année que les somptueux Théâtre de sang et The Wick­er Man) et la bande-annonce est, en soi, une leçon de ciné­ma qui mérite d’être décou­verte – tou­jours, certes, avec un peu d’ironie, mais égale­ment avec beau­coup de bien­veil­lance pour ce qui demeure un véri­ta­ble film d’amoureux du ciné­ma de genre.

Notes

Notes
↑1 Salu­ons notam­ment la voiture-guil­lo­tine-panier de bas­ket, for­mi­da­ble inno­va­tion meur­trière à faire pâlir d’en­vie tous les scé­nar­istes de tor­ture-porn.