Le curl­ing est-il un sport ridicule en soi ? C’est en tout cas de ce pos­tu­lat que sem­ble par­tir la comédie d’Ole Endresen, déroulant autour du roi éponyme une galerie de per­son­nages loufo­ques voire absur­des, pré­textes à tous les gags pos­si­bles. Si le film souf­fre d’une chose, c’est de son scé­nario : décousu, il aligne les bonnes idées comme des trou­vailles comiques se suff­isant à elles-mêmes. Der­rière cela, aucun fil con­duc­teur ne vient apporter au Roi du curl­ing le moin­dre fond.

Truls Paulsen est le meilleur joueur de curl­ing de son patelin et est obsédé par la dis­ci­pline. La régu­lar­ité de la glace l’obnubile, l’éventualité de la défaite le crispe. Jouant de son sport comme d’un art, il est interné suite à une crise et, dix ans plus tard, se retrou­ve sous la tutelle d’une épouse dom­i­na­trice, aus­si psy­cho-rigide pour ce qui con­cerne son intérieur que Truls l’est sur la glace. Surtout, on lui impose une inter­dic­tion de pra­ti­quer son activ­ité favorite et de retrou­ver ses copains, mem­bres de l’équipe dont il est cap­i­taine. Ain­si, si on croit que Le Roi du curl­ing est une comédie sur le curl­ing, c’est un leurre : la pra­tique est évincée de la fic­tion, retranchée à ses début (avant la crise) et fin (le tra­di­tion­nel cham­pi­onnat dans lequel le héros joue son hon­neur). Pour le scé­nario et la comédie, il ne reste que les per­son­nages, tous plus car­i­cat­u­raux les uns que les autres : ils vont être les moteurs du pro­pos, et sont cen­sés être ceux du rire.

Là où pèche le film, ce n’est pas tant dans cette con­stante car­i­ca­ture, dans cet excès revendiqué ; mais dans l’aspect par­faite­ment décousu du réc­it. Une fois que le car­ac­tère de chaque per­son­nage est posé (la dom­i­na­trice psy­cho-rigide, le pré­ten­tieux ringard, la névrosée incon­grue…) et leurs moti­va­tions rapi­de­ment présen­tées, le scé­nario exploite chaque scène comme une démon­stra­tion – à des fins, on l’a com­pris, humoris­tiques. L’intrigue n’ayant au fond aucune véri­ta­ble con­ti­nu­ité (out­re ses grandes lignes, les péripéties ne sont que des détails comiques qui ne changent rien à l’affaire), on s’égare devant Le Roi du curl­ing comme devant l’exposition d’une bonne idée – d’ailleurs pas tou­jours bonne, rarement drôle. Si ce film est le pre­mier long d’un scé­nar­iste de séries et d’émissions télé comiques, ce n’est pas une sur­prise tant ce film se con­tente de son pitch pit­toresque – peu adap­té au long for­mat. La seule logique qu’applique le scé­nario est celle de la surenchère, exploitant pen­dant près d’une heure trente ses petites idées qui, sans doute, auraient fait un amu­sant court-métrage.