Le dernier Astérix est-il le meilleur de la série depuis le drôlis­sime Mis­sion Cléopâtre ? Oui. Est-il pour autant un bon film ? Non. Pas aus­si con­ster­nant que les pathé­tiques “œuvres” de Claude Zidi et Thomas Langmann/Frédéric Foresti­er, le film de Lau­rent Tirard ne parvient jamais à ren­dre jus­tice aux joyeux héros de Goscin­ny et Uder­zo.

Le ciné­ma est impi­toy­able avec les icônes de la B.D. fran­coph­o­ne : pour un Tintin adap­té avec brio par Spiel­berg, com­bi­en de Schtroumpfs, de Lucky Luke ou de Mar­supil­a­mi ? Le pau­vre Astérix n’est guère mieux loti : excep­té une sym­pa­thique adap­ta­tion par Alain Cha­bat, ses incur­sions au ciné­ma ont plus con­sterné qu’a­musé, et mal­gré le rem­place­ment (bien­venu) de Chris­t­ian Clavier par Clo­vis Cornil­lac et aujour­d’hui Édouard Baer dans le rôle-titre, le résul­tat est loin d’être sat­is­faisant. Recon­nais­sons toute­fois à Lau­rent Tirard, réal­isa­teur et co-scé­nar­iste de ce nou­v­el épisode, un réel effort : pour Au ser­vice de Sa Majesté (adap­té de deux albums, Astérix et les Nor­mands et Astérix chez les Bre­tons), les dia­logues sont un brin plus tra­vail­lés, la direc­tion d’ac­teurs est un peu plus sub­tile et la direc­tion artis­tique un poil plus inven­tive que sur le cat­a­strophique épisode précé­dent.

Faut-il pour autant s’at­ten­dre à un bon film, ou tout au mieux à un hon­nête diver­tisse­ment ? Hélas, non. Mal­gré les louables efforts de toutes les par­ties con­cernées (par­ti­c­ulière­ment les acteurs, qui ne se ména­gent pas pour se sauver du naufrage), Astérix et Obélix au ser­vice de Sa Majesté se con­tente d’align­er les vannes d’un niveau cour de récré, la fraîcheur et la spon­tanéité d’un enfant de huit ans en moins. Envoyés en Angleterre pour délivr­er un vil­lage des assauts répétés de César (Luchi­ni, venu encaiss­er son chèque), Astérix et Obélix décou­vrent le flegme bri­tan­nique, inven­tent le thé et se lais­sent sur­pren­dre par les charmes du sexe opposé (en réac­tion – shock­ing ! – à une allu­sion déplacée sur le car­ac­tère ambigu du cou­ple chaste qu’ils for­ment ensem­ble). Flan­qués du neveu du barde, incar­né par un Vin­cent Lacoste qui devrait logique­ment com­mencer à se lass­er des rôles d’a­dos un peu abrutis qu’il incar­ne régulière­ment depuis le suc­cès des Beaux Goss­es, les deux héros rem­plis­sent con­scien­cieuse­ment leur cahi­er des charges : potion mag­ique, baffes aux Romains, men­hirs et san­gli­er. Ces gags immuables, sans cesse repris d’un album à l’autre, sont pré­cisé­ment ce qui fait le charme de l’œu­vre d’Ud­er­zo et Goscin­ny. Pourquoi, alors, la greffe ne prend-elle pas à l’écran ? Sans doute parce que l’u­nivers ultra-styl­isé de la B.D., adap­té en pris­es de vue réelles, donne moins l’im­pres­sion d’être au ciné­ma que dans le parc d’at­trac­tions qui con­stitue aujour­d’hui l’essen­tiel de la mar­que “Astérix”. Pour retrou­ver l’hu­mour de Goscin­ny et le génie styl­is­tique d’Ud­er­zo, mieux vaut encore retourn­er à la source…