Il est un genre ciné­matographique, rare mais tou­jours cocasse, nom­mé le film-con­cept. Cube trô­nait sur le podi­um de con­cept movie depuis plus de quinze ans, mais grâce au réal­isa­teur bri­tan­nique Stu­art Hazel­dine, le titre du métrage le plus abscons est remis en jeu. Il aura fal­lu atten­dre trois longues années (eh oui, ce film fut pro­duit en 2009 out­re-Manche), pour décou­vrir sur nos écrans Exam. Met­tant en scène l’entretien d’embauche le plus absurde et inepte jamais tourné, Exam nous rap­pelle que dans “con­cept”, il y a “con”.

Huit pos­tu­lants arrivent dans une salle d’examens. Un garde à la porte. Des caméras dans les coins. Huit pupitres et une copie vierge posée sur cha­cun. Ils ont qua­tre-vingts min­utes pour répon­dre à une ques­tion. Le prob­lème, par­don le con­cept ? Ils n’ont pas cette fameuse ques­tion. Doivent-ils faire équipe et réfléchir tous ensem­ble ou au con­traire faire cav­a­lier seul pour rem­porter le poste tant con­voité ? La ques­tion est-elle écrite à l’encre sym­pa­thique ou se révèle-t-elle sous des rayons ultra-vio­lets ? Autant de ques­tions cru­ciales sur lesquelles les pau­vres hères vont s’échiner jusqu’au dénoue­ment.

S’inspirant sans doute de la télé-réal­ité pour le cast­ing (chaque arché­type cliché est représen­té, de la psy à lunettes à l’ingénieur indi­en) et pour le fonc­tion­nement (l’élimination pro­gres­sive des can­di­dats, la claus­tra­tion, la sur­veil­lance…), le réal­isa­teur s’amuse à installer un cadre rigide dans lequel ses per­son­nages devront évoluer. Ain­si, en préam­bule, un homme, qui incar­ne l’autorité, vient annon­cer les trois règles du jeu, qu’il ne répétera pas (heureuse­ment les flash­backs nom­breux vien­dront combler la mémoire défi­ciente des spec­ta­teurs). Et tout le métrage est à l’avenant. Chaque propo­si­tion de réso­lu­tion de l’énigme (cass­er les lam­pes à coups de talons aigu­ille, déclencher l’alarme incendie, uriner sur les copies, etc.) se sol­de par un échec. Alors que la ten­sion monte entre les pro­tag­o­nistes, la sus­pi­cion et la méfi­ance gag­nent du ter­rain per­me­t­tant au film de pass­er au deux­ième niveau : le jeu de mas­sacre. Des pro­pos racistes et misog­y­nes font leur appari­tion mais rapi­de­ment les mots lais­sent place aux actes. Tor­ture, ten­ta­tive de meurtre, rien ne nous est épargné.

Si Exam se con­tentait d’être un petit film mal tourné avec des acteurs de sec­onde zone, on en souri­rait peut-être. Mais le sous-texte a de quoi don­ner la nausée. La déshu­man­i­sa­tion gradu­elle que subis­sent les héros avec en ligne de mire un sim­ple tra­vail (fort bien rémunéré au demeu­rant, mais la fin jus­ti­fie-t-elle tous les moyens ?), fait froid dans le dos. Sorte d’expérience à la lim­ite de la décence, cet entre­tien d’embauche con­cen­tre les théories les plus abjectes quant à l’individualisme, la quête du prof­it et les humil­i­a­tions qu’il faudrait pré­ten­du­ment subir pour appartenir de plein droit à la caste en voie de raré­fac­tion qu’est le salari­at.

Arro­gant et cynique dans sa volon­té de plac­er le réc­it on ne sait où mais tem­porelle­ment sis dans un futur proche (le car­ton du début assé­nant un “bien­tôt”), Stu­art Hazel­dine livre un film nauséabond par le traite­ment de ses thèmes (l’emploi à tout prix, la com­péti­tion, l’individualisme payant) et sans enver­gure par sa mise en scène inex­is­tante. La réponse tant con­voitée (ne spoilons pas le sel scé­nar­is­tique en dévoilant la fameuse ques­tion) se révèle être sim­ple­ment “non”. C’est aus­si ce qu’on a envie de crier à la vue de ce navet pré­ten­tieux.