Actrice (La Frac­ture du myocarde) puis assis­tante réal­isatrice (Une pure affaire), Cécil­ia Rouaud passe pour la pre­mière fois à la mise en scène avec Je me suis fait tout petit, un drame qui revis­ite (encore) le motif de la rup­ture sen­ti­men­tale, mât­iné d’un soupçon de con­tem­po­ranéité (la famille recom­posée et ses aléas).

Yvan (Denis Méno­chet), largué par sa femme par­tie avec son amant en Thaï­lande voilà cinq ans, peine à s’en remet­tre. Inca­pable d’élever lui-même ses deux filles, lais­sées en cadeau sou­venir par son ex, il les refile à sa sœur, Ari­ane (Léa Druck­er), une hip­pie bour­rée de TOC qui rem­plit tant bien que mal son rôle de mère de sub­sti­tu­tion. Mais, le désor­dre ne s’arrête pas là. Emmanuelle (Vanes­sa Par­adis), nou­velle col­lègue de tra­vail d’Yvan, ne le laisse pas indif­férent et Léo, le petit garçon que son ex a eu avec un autre homme, atter­rit dans sa vie sans crier gare.

Sur ce scé­nario qui com­pile pêle-mêle, divorce, recom­po­si­tion famil­iale, soli­tude, his­toire d’amour et parental­ité, Cécil­ia Rouaud tente le grand écart entre drame et comédie roman­tique. Mais la sauce a du mal à pren­dre car au-delà des ressorts nar­rat­ifs pous­sifs qu’il faut accepter, Je me suis fait tout petit ne parvient jamais véri­ta­ble­ment à s’ancrer dans l’un ou l’autre genre. Le numéro d’équilibriste fait s’enchaîner des moments trop pathé­tiques pour être hon­nêtes (le petit garçon bal­lot­té dont per­son­ne ne veut, la fêlure d’Ariane, stérile et névrosée, les con­flits entre Yvan et ses deux filles ado­les­centes…) et des instants calqués sur les comédies roman­tiques améri­caines (les deux tourtereaux qui se décou­vrent lors d’une séquence musi­cale cen­sé­ment intimiste, drôle et bour­rée de com­plic­ité, une scène de ménage où Yvan dépous­sière ses meubles au son d’un hit des années 1980…). Sans être détesta­bles, ces séquences soulig­nent surtout l’indigence créa­tive au cœur du film. Le spec­ta­teur n’est jamais sur­pris par les divers­es péripéties des per­son­nages. Quant à la car­ac­téri­sa­tion de ceux-ci, elle rap­pelle sys­té­ma­tique­ment que la lisière entre car­ac­téri­sa­tion et car­i­ca­ture est fine si on n’y prend pas garde. Emmanuelle, la jolie prof d’arts plas­tiques est évidem­ment une bobo dont la fille s’appelle Plume. La belle-sœur d’Yvan, pleine de pré­ceptes édu­cat­ifs et de cer­ti­tudes, adopte un enfant tur­bu­lent et insup­port­able. Ari­ane la hip­pie boit du thé dans un décor entre vide-gre­nier afghan et ashram d’importation. Bref, les clichés ont la vie longue et ils sem­blent servir ici de fich­es sig­nalé­tiques psy­chologiques à chaque pro­tag­o­niste, au détri­ment d’un réc­it qui, s’il avait béné­fi­cié d’une écri­t­ure plus ambitieuse, leur aurait don­né la chair qui leur manque.

Les pre­miers films sont sou­vent l’occasion pour un cinéaste d’expurger les thèmes qui le hantent. Rien d’approchant dans Je me suis fait tout petit, qui brasse des pon­cifs éculés, mais enrobé par le jeu de ses actri­ces (Léa Druck­er en tête) et l’humilité de sa réal­isatrice (ou son manque d’ambition peut-être), le film se taillera sans doute une belle audi­ence lors de sa dif­fu­sion télé.