Le sud des États-Unis sem­ble être devenu un cadre par­ti­c­ulière­ment prisé par les réal­isa­teurs indépen­dants améri­cains. À tel point, dirait-on, qu’il n’est par­fois qu’un pré­texte, creux, comme c’est le cas ici. Avec ce Mis­sis­sip­pi qui rap­pelle les décors de Shot­gun Sto­ries, des pre­miers films de David Gor­don Green ou plus récem­ment de Two Gates of Sleep, on trou­ve mal­heureuse­ment un paysage sans imag­i­naire, dans lequel Matthew Gor­don installe ses acteurs ama­teurs et con­stru­it une famille décom­posée.

La sueur ou la saleté, le désœu­vre­ment ou les tâch­es ingrates : tant de décli­naisons d’une représen­ta­tion ciné­matographique du sud des États-Unis, qui sem­ble aujourd’hui s’uniformiser. Dans la pre­mière fic­tion de Matthew Gor­don, réal­isa­teur venu de la télévi­sion, elle donne forme au quo­ti­di­en de Rob­bie, un jeune garçon sauvage sur le point de quit­ter l’école pour les vacances d’été. Cen­sé être l’homme d’une mai­son que des par­ents ont désertée, il traîne comme son ombre un demi-frère docile et une grand-mère mutique dont il s’occupe mal­gré lui. La forme que cherche à pren­dre Sum­mer­time est celle d’un appren­tis­sage : le temps d’un été le jeune garçon, voy­ant son entourage faire fi de ses respon­s­abil­ités, va s’en saisir pour grandir à son tour.

Le scé­nario choisit la facil­ité d’une voix off qui, au pré­texte d’une rédac­tion à ren­dre à un pro­fesseur con­scien­cieux à la fin de l’été, nous fait enten­dre les pen­sées du pro­tag­o­niste – et ain­si l’évolution dont les images et les per­son­nages sont inaptes à ren­dre compte. L’authenticité est du même coup bal­ayée. L’errance dans les champs de coton, sym­bole de l’initiation d’un gamin à la vie, tombe à plat car le réc­it de cet appren­tis­sage se fait par sauts qui ne sont pas tant des ellipses que des man­ques : ceux d’une moti­va­tion (pau­vre­ment com­pen­sée par la voix off), ceux d’une âme. Même l’aride beauté de ce cadre (d’habitude man­i­fes­ta­tion d’une intéri­or­ité) est lit­térale­ment asséchée, épuisée par le manque de relief du pro­pos.

Les acteurs ama­teurs et locaux choi­sis par le réal­isa­teur sont sup­posés, on le sent, don­ner à la fic­tion la vigueur brute de la réal­ité – celle du thème, du lieu, du milieu social de Sum­mer­time. Un ama­teurisme qui se man­i­feste plus dans une cer­taine mol­lesse que, le pro­tag­o­niste excep­té, aucun des garçons ne sait dépass­er. Ce pro­tag­o­niste, lui, vague­ment hargneux, vague­ment indo­lent, a certes une rel­a­tive présence – mais il plane der­rière elle un manque d’expérience tel que les images sont vidées de toute réso­nance. Le per­son­nage ne saurait être sans la voix off qui, seule, rend compte de la mat­u­ra­tion de ses respon­s­abil­ités. Mai­gre com­pen­sa­tion à l’arbitraire d’un scé­nario qui joue avec le par­cours de l’adolescent sans jamais touch­er du doigt la moin­dre vérité doc­u­men­taire ou même dra­ma­tique. Les con­tra­dic­tions de l’adolescent devi­en­nent creuses, insignifi­antes et ses désirs ne sont à l’écran que vel­léités, tan­dis que les rebondisse­ments de son été, par­a­sités par une mul­ti­tude de rac­cour­cis, ne sont jamais que les détails d’une intrigue qui ne com­mence jamais.